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La lactoferrine : une protéine importante dans le lait maternel, mais absente de la quasi-totalité des laits infantiles en France

Mis à jour le 29 novembre 2020 Dr Alain BOCQUET

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Le lait maternel contient différentes substances et cellules qui, par leurs actions directes et indirectes, contribuent de manière efficace à la prévention des infections chez le jeune enfant. Le risque d’infections est ainsi réduit de 57 % en cas d’allaitement maternel.

La lactoferrine est l’une de ces substances.

Sommaire de l'article

La lactoferrine est une protéine présente dans le lait maternel, entre 1 et 2 grammes / litre (pour un total protéique de 10 g/l environ), et encore plus dans le colostrum, le lait des premiers jours (7 grammes / litre). On la retrouve aussi, mais à des doses plus faibles, dans différents liquides de l’organisme, comme les larmes ou la salive par exemple, et dans certains globules blancs, les polynucléaires. La lactoferrine est aussi présente dans le lait d’autres espèces, vache ou chèvre par exemple, et  il existe de très grandes similitudes de structure et d’actions avec la lactoferrine humaine. Les fonctions de la lactoferrine sont multiples, telles que :

  • l’absorption du fer,
  • la lutte contre les infections,
  • le développement de l’intestin, de l’os, du cerveau, etc.

Jusqu’à six mois, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande à toutes les mamans de nourrir leur bébé exclusivement avec du lait maternel, puis de continuer cet allaitement en complément de l’alimentation diversifiée.

La lactoferrine permet une meilleure absorption du fer

La concentration en fer est faible dans le colostrum (de l’ordre de 0,8 milligramme / litre), ainsi que dans le lait mature (0,3 milligramme / litre), selon le Programme National Nutrition Santé (PNNS), mais la présence de lactoferrine en quantité élevée permet une très bonne absorption du fer, entre 30 à 70 % contre 5 à 10 % dans les autres aliments, en l’absence de quantités élevées de lactoferrine.

Cet effet sur l’absorption du fer est important pour le nourrisson qui a besoin d’une certaine quantité de fer, notamment pour lutter contre les infections en limitant la multiplication des bactéries, mais aussi pour son développement cérébral.

Moins d’infections chez les bébés grâce à la lactoferrine

Douze études réalisées avec une supplémentation de lactoferrine extraite du lait de vache et une réalisée avec de la lactoferrine humaine, ont montré une action anti bactérienne, antivirale, antifongique et antiparasitaire de cette protéine.

La lactoferrine a une double action contre certaines bactéries : elle limite leur multiplication par la privation en fer, et elle les détruit en s’attaquant à leur membrane. Cette action bénéfique dans la prévention des infections a été bien démontrée chez des prématurés par 5 études et une méta-analyse.

De plus, la lactoferrine a permis de limiter le risque d’entérocolite nécrosante chez les nouveau-nés de faible poids de naissance. Cette maladie, qui touche principalement les bébés prématurés, se caractérise par une nécrose de la muqueuse intestinale.

Deux études chez des nourrissons ont montré qu’une supplémentation de laits 1er âge en lactoferrine a permis une limitation du nombre d’infections respiratoires.

La lactoferrine peut protéger l’enfant contre les virus, en particulier ceux de l’hépatite, de l’herpès du VIH (sida), du cytomégalovirus (CMV) et du virus respiratoire syncytial (VRS) en se liant aux récepteurs viraux, ce qui a pour effet de les inactiver. Trois études ont montré une action bénéfique de la lactoferrine contre les diarrhées, en particulier à Rotavirus. La lactoferrine est capable d’inhiber la prolifération de certaines mycoses comme cela a été montré dans une étude sur les candidoses. Elle a aussi une action antiparasitaire en particulier contre la Giardia, l’amibe Entamoeba histolytica, le Toxoplasme gondii, le Trichomonas vaginalis et le Trypanosoma cruzi.

Il est important de noter que l’adjonction de lactoferrine dans l’alimentation n’a jamais entraîné d’effets secondaires ou délétères.

La lactoferrine favorise le développement de l’intestin

La lactoferrine contribue au développement de l’intestin chez le bébé. Présente à forte dose au début de l’allaitement, elle a principalement un rôle sur la croissance et la multiplication cellulaires, alors qu’ensuite, lorsque son taux se réduit dans le lait mature, elle contribue à la maturation intestinale (production d’enzymes nécessaires à la digestion, par exemple). De plus elle a un effet prébiotique, en modulant positivement la flore intestinale du bébé.

La lactoferrine favorise le développement cérébral

La lactoferrine joue un rôle comme nutriment conditionnel dans le développement du cerveau et de la fonction cognitive des nourrissons, pendant la période de croissance cérébrale rapide. Par ailleurs, elle intervient de façon indirecte par sa fonction dans l’absorption du fer, car la carence en fer pénalise le développement cérébral.

La lactoferrine favorise la croissance osseuse

Non seulement la lactoferrine favorise la croissance des os, mais elle semble aussi intervenir dans leur guérison. En favorisant la multiplication des cellules osseuses, elle pourrait jouer un rôle thérapeutique potentiel de l’ostéoporose (cette maladie conduisant à une perte excessive de masse osseuse).

Autres actions de la lactoferrine

Elle est un puissant modulateur de la réponse inflammatoire, en protégeant l’organisme des agressions d’agents pathogènes (facteurs à l’origine d’une maladie) et en jouant également un rôle important dans les pathologies inflammatoires (inflammation chronique de l’intestin, allergie cutanée, arthrite rhumatoïde, maladies neuro- dégénératives).

Il existe des pistes de recherche sur des fragments protéiques de lactoferrine pour développer de nouveaux médicaments antibiotiques ou anticancéreux.

Un lait infantile contenant 0,1 gramme de lactoferrine par litre

La lactoferrine est une protéine très fragile, et elle est inactivée par la chaleur.

Dans le lait de vache de consommation courante, UHT ou stérilisé notamment, et dans tous les aliments à base de lait de vache, y compris les laits infantiles, la lactoferrine est inactive car elle a été détruite par les procédés de fabrication et les traitements thermiques. Pour que la lactoferrine bovine garde ses propriétés, elle doit être extraite du lait de vache avec précaution et sans chauffage excessif.

Dans certains laits infantiles, en particulier en Asie, de la lactoferrine active est ajoutée, le principal bénéfice attendu étant la limitation des infections. Pour l’instant, il n’existe qu’un seul lait infantile avec ajout de lactoferrine sur le marché français. Il en contient 0,1 gramme par litre.

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  • A. Bocquet. La lactoferrine, une protéine fascinante aux actions bénéfiques multiples. Le pédiatre n° 290-2019-1 ; pages 15-28.
  • P Manzoni. Considérations sur le rôle de la lactoferrine bovine. Le pédiatre N°294-2019-5 : pages 27 – 30.

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