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Les laits de croissance

Mis à jour le 06 mars 2020 Dr Alain BOCQUET

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Le lait de croissance est conseillé entre 10 – 12 mois et 3 ans, voire au delà, car sa composition est mieux adaptée que celle du lait de vache pour une bonne croissance et un bon développement des enfants en bas âge. De plus pendant la période de grande vulnérabilité des 1000 premiers jours, l’alimentation doit être la mieux adaptée possible aux besoins nutritionnels du nourrisson pour limiter les risques de répercussions sur la santé du futur adulte.

Les laits de croissance sont des aliments qui contribuent à corriger les apports inadéquats, insuffisants ou excessifs, fréquemment observés chez les enfants de 1 à 3 ans à qui on propose trop souvent et trop tôt des aliments destinés à l’adulte. Ces bénéfices sont obtenus pour un surcoût modéré puisqu’il est seulement de 0,35 € environ pour 350 ml de lait de croissance par rapport au lait de vache entier.

Sommaire de l'article

Quelle est la composition des laits de croissance ?

Sur 77 références de laits de croissance vendues en France, il existe 5 laits de croissance fabriqués à partir de lait de chèvre, alors que 72 laits de croissance sont fabriqués à partir de lait de vache ; mais celui-ci est adapté aux besoins nutritionnels du veau qui développe beaucoup de muscle et un cerveau de taille limitée, alors que les besoins nutritionnels du petit enfant sont très différents. Le lait de vache doit donc être adapté. En comparaison avec le lait de vache entier, les laits de croissance apportent :

  • Un taux de protéines réduit, 2 fois moins en moyenne que dans le lait de vache : 1,64 g/100 ml au lieu de 3,5 g/100 ml environ. La consommation de lait de croissance peut ainsi participer à la limitation des apports protéiques trop élevés chez les enfants en bas âge puisque équivalents à 4 fois les apports recommandés dès l’âge de 18 mois.
  • Un apport de fer important puisqu’il est environ 30 fois plus élevé que celui du lait de vache : 1,07mg/100ml en moyenne au lieu de 0,03 mg/100ml. Les apports de fer par l’alimentation diversifiée sont limités par la faible quantité de protéines animales conseillée chez les enfants en bas âge: il faudrait 100 à 150 g de viande pour couvrir les besoins alors que l’on propose actuellement 20 à 30g par jour entre 1 et 3 ans. La carence en fer reste fréquente avec des conséquences sur la construction de l’hémoglobine, l’immunité et la croissance, et sur le développement psychomoteur [3] avec une incertitude sur la réversibilité de ces conséquences délétères.
  • Une supplémentation en acides gras essentiels (AGE), car le lait de vache contient très peu d’oméga 6 et pratiquement pas d’oméga 3 [7]. Il a été constaté une insuffisance d’apport d’AGE chez les enfants de 1 à 3 ans, de l’ordre de la moitié des apports recommandés entre 2 et 3 ans.
  • L’apport de sel des laits de croissance est plus faible que celui du lait de vache, avec une moyenne de 31,04mg/100 ml au lieu de 45 mg/100 ml. Les apports adéquats sont dépassés chez la majorité des nourrissons dès l’âge de 18 mois. L’excès de sel retentit sur la tension artérielle dès le plus jeune âge et augmente l’appétence pour le goût salé [4]. La consommation de lait de croissance participe à la réduction des apports sodés.
  • Un apport de zinc deux fois supérieur à celui du lait de vache. Le zinc est un agent antioxydant qui joue un rôle important dans la croissance, le développement cognitif et visuel, les processus immunitaires et dans de nombreux métabolismes.
  • Des suppléments en vitamines A, D, E, C

A noter qu’il existe un lait de croissance à base de protéines de riz hydrolysées, en plus des laits à base d’hydrolysats de protéines lactées bovines, pour alimenter les enfants allergiques aux protéines du lait de vache.

Existe-t-il une réglementation des laits de croissance ?

Il n’y a jamais eu au niveau européen une réglementation qui régisse en tant que tels les laits de croissance. Par contre la directive européenne 2009/39 impliquait qu’un lait marketé à destination des 12 à 36 mois devait répondre aux besoins de ceux-ci et devait avoir une composition comparable à celle des laits 2e âge. Depuis 2016 la directive 2009/39 a été abrogée mais la France a conservé un arrêté de 1978 [6] qui impose les critères du lait 2e âge pour un aliment lacté destiné aux enfants en bas âge (dénomination réglementaire du lait de croissance).

A quel âge est destiné le lait de croissance ?

En l’absence d’allaitement maternel, les préparations pour nourrissons (laits 1er âge) sont destinées aux bébés de la naissance jusqu’à la diversification entre 4 à 6 mois (premier repas sans lait). Les laits de suite (laits 2e âge) sont conseillés de la diversification jusqu’à la fin de la première année. Les préparations pour enfants en bas âge (laits de croissance) sont proposées de 10 – 12 mois jusqu’à 3 ans. Cependant certains spécialistes en nutrition infantile pensent qu’il serait bien de continuer jusqu’à la fin de l’école maternelle.

Cinq laits de croissance appelés “laits 4e âge” ou “junior” sont indiqués pour les enfants de 2 à 3 ans et au-delà : ils ne sont pas fondamentalement différents des autres laits de croissance.

Offre commerciale des laits de croissance en France ?

Sur 77 références de laits de croissance vendus en France, 52 sont proposés sous forme de poudre et 25 sous forme liquide prête à l’emploi. Certaines marques proposent les deux formes, liquide et poudre, mais les formules ne sont pas identiques, même si les différences ne sont pas majeures.

Les laits de croissance sont vendus soit en grande distribution, soit exclusivement en pharmacie, soit à la fois en grande distribution et en pharmacie. La vente par internet est aussi possible actuellement. A noter que 9 laits de croissance sont vendus en magasins spécialisés (magasins de diététique ou internet exclusivement).

La proposition de 31 laits de croissance “bio” (issus de l’agriculture biologique) permet de répondre à la demande de parents qui souhaitent ce type d’alimentation. Cependant en raison de la réglementation très stricte qui s’applique aux aliments destinés aux enfants de moins de 3 ans, les laits non “bio” offrent un niveau de sécurité proche de celui des laits “bio”.

La formule des laits de croissance varie d’une marque à l’autre, tout en restant dans la fourchette de composition réglementaire pour chaque composant; ainsi en cas de changement de laits de croissance certains enfants peuvent avoir quelques répercussions fonctionnelles mineures et transitoires : ralentissement ou accélération du transit, modification de la couleur des selles, par exemple. Il est cependant possible de changer de lait de croissance en fonction de la disponibilité commerciale et du prix.

On peut aussi faire un choix nutritionnel en préférant les laits de croissance ayant :

• plus de fer, dont le taux varie du simple au double de 0,65 à 1,50 mg/100 ml,

• moins de protéines,dont le taux varie du simple au double, de 1,0 à 2,7 g/100 ml,

• moins de sodium, dont le taux varie du simple au sextuple, de 13,9 à 100 mg/100ml.

Dans certains laits de croissance, les graisses lactiques sont conservées alors que dans d’autres elles ont été remplacées par des huiles végétales, moins saturées.

L’ajout de quantités importantes de fer pourrait donner un goût métallique et l’emploi de l’arôme vanille a été proposé pour masquer le goût du fer. A noter que la réglementation concernant les aliments destinés aux enfants de moins de 3 ans interdit les arômes artificiels, mais l’ethyl-vanilline est tolérée. Cependant les laits 2e âge contiennent des quantités importantes de fer et ils ne sont pas parfumés à la vanille. D’autre part, les 77 références de laits de croissance vendues en France ne sont pas toutes parfumées à la vanille :

  • Sur 52 laits en poudre, seulement 4 sont parfumés à la vanille et 1 aux fruits soit 5/52; l’arôme vanille est l’arôme naturel de vanille ou la vanilline.
  • Sur 25 laits liquides, 7 sont parfumés à la vanille, 3 au chocolat et 1 aux fruits, soit 11/25; Il s’agit de vanille naturelle ou de vanilline.

A noter que 6 laits de croissance (5 sous forme liquide et 1 en poudre) contiennent du sucre (saccharose).

Ainsi, contrairement à une idée répandue, les laits de croissance ne sont pas tous aromatisés à la vanille et sucrés, puisque 61/77 sont sans arôme et sans saccharose.

Les laits de croissance peuvent être utilisés pour réaliser de recettes culinaires ou des yaourts.

Le lait de croissance n’est pas un luxe. Le surcoût pour une consommation de 350 ml de lait de croissance par rapport au lait de vache entier est de l’ordre de 0,30 €/jour. Certains parents qui refusent le lait de croissance à cause de la différence de prix n’hésitent cependant pas à acheter du baby-food, des assiettes pour bébé par exemple, dont le prix (entre 2 € et 2,50 €) est 4 fois supérieur au prix du “fait maison”… Il faut profiter des offres promotionnelles sur les laits de croissance, assez fréquentes en grande distribution.

Quel est l’avis des scientifiques, en France et en Europe

Pour le Comité de nutrition de la Société française de pédiatrie et le PNNS (Programme National Nutrition Santé) le lait de vache n’est pas adapté pour les enfants en bas âge et les laits de croissance doivent être conseillés. “Les laits de croissance sont des aliments qui contribuent à corriger les apports inadéquats fréquemment observés chez les enfants de 1-3 ans lorsqu’ils sont employés à la place du lait de vache.”[8] En cela ils répondent à la Directive 2009/39/CE [5]. Le bénéfice nutritionnel que représentent les laits de croissance pour ces enfants, même s’il n’est pas cliniquement perceptible, est donc à considérer et leur utilisation recommandée.

Efficacité ?

Dans l’étude Nutribébé les apports nutritionnels des enfants qui consommaient du lait de croissance, quelle qu’en fut la quantité, ont été comparés à ceux des enfants qui consommaient du lait de vache pendant la 2e année et pendant la 3e année. Les apports en protéines et en sel étaient réduits de façon significative. Les apports en fer et en AGE étaient majorés de façon très significative [1].

Une étude a été réalisée en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni de 2012 à 2014, chez 325 enfants en bonne santé, âgés de 12 à 36 mois, a montré que les enfants qui recevaient principalement du lait de croissance avaient une carence en fer dans 5,4% des cas, alors que cette carence était constatée chez 19,7 % des enfants qui recevaient principalement du lait de vache [2].

Une étude française récente (CARMA) a montré que la fréquence de la carence en fer était faible chez les enfants consommateurs de lait de croissance [10].

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Notes :

Références

  1. Bocquet A, Vidailhet M. Etude Nutri-bébé 2013 : comment les mères nourrissent-elles leur enfant ? Arch Pediatr 2015;22(10 suppl. 1). 10S7–19.
  2. Akkermans MD, van der Horst-Graat JM, Eussen SR, et al. Iron and Vitamin D Deficiency in Healthy Young Children in Western Europe Despite Current Nutritional Recommendations. JPGN 2016 (62);4:635-42.
  3. Vallée L. Fer et neuro-développement. Arch Pédiatr 2017;24:5S18-5S22.
  4. Girardet JP, Comité de nutrition SFP. Les enfants consomment-ils trop de sel ? Archiv Pédiatr. 2014;21 :521-528.
  5. Directive 2009/39/ce du parlement européen et du conseil du 6 mai 2009 relative aux denrées alimentaires destinées à une alimentation particulière http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=OJ:L:2009:124:0021:0029:FR:PDF
  6. Arrêté du 30 mars 1978 fixant les dispositions relatives à certains aliments lactés destinés à une alimentation particulière. Version consolidée au 13 novembre 2017 : https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000000451287
  7. Briend A, Comité de nutrition de la SFP. Apports lipidiques chez l’enfant de moins de 3 ans. Arch Pediatr. 2014 Apr;21(4):424-38.
  8. Ghisolfi J, Vidailhet M, Fantino et al. Lait de croissance ou lait de vache : que recommander pour les enfants de 1 à 3 ans. Arch Pediatr. 2011 Apr;18(4):355-8.
  9. European Food Safety Authority (EFSA). Panel on dietetic products, nutrition and allergies. Scientific opinion on nutrient requirements and dietary intakes of infants and 
young children in the European Union. EFSA Journal 2013;11:3408.
  10. Sacri A. S. et al. Young children formula consumption and iron deficiency at 24 months in the general population: a national study. Clinical nutrition 2020

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