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Coliques et pleurs du nourrisson, comment les décoder ?

Mis à jour le 18 août 2016 3 de nos experts

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Pendant leurs premiers mois de vie, certains bébés présentent de longues périodes de pleurs, particulièrement en fin de journée, qui peuvent être très angoissantes et déstabilisantes pour les parents. Le terme de « coliques du nourrisson » est souvent employé or, tous les pleurs excessifs du nourrisson ne sont pas des coliques. Les causes en sont multiples et leur prise en charge n’est pas toujours simple.

Ces pleurs correspondent-ils aux fameuses coliques du nourrisson? Que sont ces fameuses coliques du nourrisson et ces pleurs du soir?

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Coliques ou pleurs

Les “coliques du nourrisson” n’ont pas la même signification pour chacun… S’agit-il de pleurs isolés ? Sont-ils associés à des douleurs ? Existe-t-il une relation avec le tube digestif et le colon en particulier ?

Pour certains, et en particulier les industriels de la nutrition infantile, le problème se situerait essentiellement au niveau d’une mauvaise digestion du lactose, le principal glucide du lait(maternel ou artificiel). Mais, comment expliquer que les coliques du nourrisson qui ne surviennent le plus souvent qu’en fin de journée, soient dues à une mal-digestion du lactose, alors que celui-ci est consommé à chaque tétée de la journée?

Par ailleurs, les pleurs eux-mêmes entraînent une déglutition d’air qui peut être responsable de gaz.

L’évolution du sommeil à cet âge est aussi à prendre en compte. Auparavant le sommeil de votre enfant se divisait en petites périodes de 3-4 heures séparées par des phases d’éveil spontanées dont on profite pour donner les tétées. Vers 4 mois il va évoluer progressivement vers un rythme de 24 heures, comme chez le grand enfant et l’adulte.

Il faut donc distinguer les pleurs qui trouvent leur origine au niveau de l’abdomen ou du tube digestif et que l’on peut regrouper sous le terme de “coliques”, et les autres causes de pleurs excessifs du nourrisson.

Pleurs en fin de journée

Les pleurs du soir surviennent entre 18h et 24h, et durent 3 heures environ. Ils débutent vers l’âge de 3 semaines et atteignent leur maximum vers 6 semaines de vie. Votre bébé a mangé, il est propre, vous lui faites des câlins… et il pleure tout de même, il semble souffrir, son visage est rouge, ses poings sont serrés, son front est plissé, ses cuisses sont repliées sur son ventre, lequel est souvent ballonné, avec émission de gaz. Il n’est généralement pas calmé par l’alimentation, mais parfois par le câlin et la succion de la tétée au sein.

Ces pleurs du soir ne semblent pas liés à un problème de digestion. Ils surviennent chez de nombreux enfants, et même s’ils sont difficiles à apaiser, ils ne sont pas le signe d’une maladie.

Ils semblent être une période normale d’activité du nouveau-né: quand on enregistre l’activité physique et cérébrale d’un fœtus on retrouve déjà cette phase d’activité entre 18-20h et minuit. La plupart des mamans savent que leur fœtus est agité à cette période de la journée, au moment où elles se couchent. Après la naissance c’est la même chose “avec le son” et là on parle d’angoisse du bébé.

Mais pourquoi un bébé serait-il angoissé ? Le mécanisme de ces manifestations reste incertain, et pourquoi certains bébés en sont indemnes? Cependant les pleurs du soir semblent physiologiques et ne sont en rien liés à la peur de la nuit. Ils s’atténuent ou disparaissent vers 3 à 4 mois. Il faut passer ce cap et pendant ces périodes alterner les moments de câlin, de bercement, de portage et les moments où on laisse bébé, seul, crier en attendant son sommeil… Certains parents proposent une tétine / sucette à leur bébé, c’est une bonne solution mais à condition de reconsidérer cette habitude après 3 mois, quand cette période de cris est résolue.

Pleurs rythmés par l’horaire des repas

Le réflexe gastro-colique est un réflexe normal : il s’agit d’une accélération du péristaltisme intestinal (mouvements de la paroi) en particulier au niveau du côlon, après le remplissage de l’estomac, ce qui entraîne généralement l’émission d’une selle après le repas. Ce réflexe, chez certains enfants, peut être exagéré et devenir douloureux, surtout si l’enfant est glouton, et s’il avale beaucoup d’air en buvant son lait, sans faire de pauses ni de rots. Votre bébé a encore faim mais il a du mal à terminer son repas car plus il boit, plus il a mal au ventre…

  • Prenez du temps pour faire téter votre bébé très lentement avec des pauses fréquentes pour faciliter l’émission de rots, et de le changer en milieu de repas.
  • Si vous avez l’impression que votre bébé déglutit trop vite, retirez-lui le sein ou le biberon de la bouche assez régulièrement pendant la tétée.
  • Desserrez ses couches et évitez les vêtements comportant une ceinture ou un élastique à la taille.
  • Utilisez des biberons comportant une valve au fond, pour limiter la déglutition d’air.
  • Essayez de changer de tétine: les tétines en silicone sont réputées plus dures que les tétines en latex.
  • Vous pouvez aussi faire l’essai d’un lait à formule épaissie.
  • Essayez de donner la tétée ou le biberon dans le calme, sans télévision, en étant vous même très détendue.

La satiété peut ne pas être satisfaite :

• si votre bébé est allaité et n’est pas rassasié en fin de tétée, il faut envisager, des tétées plus prolongées et surtout une stimulation de votre lactation (tétées plus fréquentes, 2e sein, etc.). Consulter l’article sur la lactation.

• si votre bébé n’est pas allaité, le choix du lait artificiel peut être revu, avec un rapport caséine / protéines solubles plus élevé (de l’ordre de 80%), et une diminution du taux de lactose remplacé par de la dextrine maltose et de l’amidon.

Toutefois il convient de vérifier la courbe de poids de votre bébé. Si celle-ci suit une courbe logique, les pleurs excessifs ne sont peut être pas synonymes de faim et la solution ne se trouve pas dans l’augmentation des rations.

Une mauvaise digestion du lactose peut être responsable de pleurs qui surviennent après un intervalle libre de 20 à 30 minutes après chaque tétée, et s’accompagnent de ballonnement abdominal, d’émission de gaz, de selles liquides et acides, parfois responsables d’érythème fessier.

Il faut distinguer l’intolérance au lactose (l’intestin ne fabrique pas de lactase, l’enzyme qui digère le lactose) qui est exceptionnelle, et la mal-digestion du lactose qui existe chez certains bébés qui reçoivent trop de lactose par rapport à la quantité de lactase que leur intestin peut produire. Dans ce cas, il faut choisir un lait moins riche en lactose, ou pauvre en lactose, et éventuellement enrichi en lactase.

L’allergie aux protéines du lait de vache (APLV) se manifeste par des signes cliniques très divers, dont des pleurs, plus ou moins rapidement après le biberon. Le diagnostic doit être confirmé par un essai de régime sans protéines de lait de vache et des tests biologiques. Il s’agira alors de choisir un lait spécifique pour APLV (hydrolysats extensifs de protéines de lait de vache ou de protéines de riz).

Pleurs survenant à toute heure, aussi bien le jour que la nuit

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) non extériorisé est un diagnostic “à la mode” mais probablement plus rare qu’on le pense, car pour qu’un enfant pleure intensément à cause d’un RGO, il faut qu’il existe une réelle brûlure de l’œsophage par l’acidité gastrique (œsophagite). Dans ce cas les tétées sont compliquées, il est difficile de le faire terminer les biberons, il a des troubles du sommeil, et un ralentissement de croissance.

Une constipation peut être douloureuse. Dans ce cas, Il faut s’orienter vers un lait pauvre en caséine (rapport caséine / protéines solubles de 40%) et riche en lactose (les glucides peuvent être composés de lactose jusqu’à 100%), avec éventuellement un apport de fibres ou de probiotiques.

Vous pouvez aussi changer d’eau pour la préparation des biberons (limitez l’eau Hépar®, trop riche en minéraux, ce qui risque de fatiguer les reins de votre bébé) et proposez de l’eau entre les repas.

Pour faciliter l’émission des selles, vous pouvez fléchir les cuisses de votre bébé sur son ventre, masser son ventre dans le sens des aiguilles d’une montre, mais évitez le thermomètre et les suppositoires… Le médecin peut être amené à prescrire un traitement comme le macrogol.

Parfois il peut s’agir d’une cause médicale autre que digestive (infectieuse, neurologique, métabolique, génétique…) Il est très important que votre bébé ait été examiné par un pédiatre, afin que toute pathologie sous-jacente ait été éliminée.

La plupart du temps ces pleurs excessifs n’ont pas de cause médicale. Il s’agit vraisemblablement d’une période d’adaptation difficile du nouveau-né. On parle alors de trouble fonctionnel. Il est important de veiller à ce que cette situation ne crée pas un problème dans la relation affective entre vous et votre bébé.

Cette relation peut être d’autant plus perturbée que vous vivez une situation familiale ou sociale compliquée, que cet enfant a dans votre vie une histoire particulière ou que, vous même avez quelques difficultés psychologiques. C’est fréquent après un accouchement même chez des femmes sans aucun antécédent de problème psychologique. Il peut s’agir de “post-partum blues” survenant 3 à 10 jours après l’accouchement mais ne durant que quelques jours, ou assez fréquemment d’une “dépression” post-natale, ou exceptionnellement d’une psychose puerpérale. Il est alors important de consulter un(e) psychiatre ou un(e) psychologue habitué(e) aux problèmes de cette période si spéciale de la maternité débutante. Il est très important que vous puissiez dire, sans aucune culpabilité, ce que vous ressentez: fatigue, difficultés à gérer votre quotidien et celui de votre bébé, impression d’être dépassée, perte de sommeil voire idées noires. Il y a des solutions pour vous aider.

Comment réagir face aux coliques et pleurs du nourrisson ?

Il faut savoir que tout nouveau-né crie ou pleure au moins 2h par jour par périodes cumulées.

Toute maman a expérimenté ces pleurs et cris, et il n’est pas toujours facile de savoir comment réagir. Faut-il laisser pleurer son bébé ? Ou au contraire l’avoir toujours avec soi, chercher à le calmer ?

Quelques solutions pour atténuer les cris et les « coliques » du nourrisson

Les cris sont un mode d’expression du bébé, une activité motrice comme de bouger bras et jambes. Pleurer une à deux heures dans la journée est une situation dans les limites de la normale, un bébé tout à fait silencieux serait tout aussi inquiétant.

  • Vérifiez que votre enfant dort bien, que son rythme de sommeil est adapté à son stade de croissance, qu’il mange bien, qu’il n’a pas de difficultés à téter. Veillez aussi à ce que votre bébé ne soit pas placé dans un endroit bruyant, surchauffé, ou enfumé…
  • Si une cause accessible à une modification de régime alimentaire ou à un traitement médicamenteux a été diagnostiquée, le problème est en principe réglé. Mais il est possible que votre bébé pleure en raison de deux causes différentes…
  • Si votre bébé est allaité, ne vous sentez pas obligée d’arrêter l’allaitement, la tétée est en effet un moment privilégié pour apaiser votre bébé.
  • Si votre bébé n’est pas allaité, évitez les multiples changements de laits. Il se peut que vous observiez des gaz pendant les pleurs : ils ne sont généralement pas dus à des problèmes digestifs mais ils peuvent s’expliquer par l’évacuation de l’air dégluti lors des pleurs.
  • Il n’existe pas de médicaments spécifiques pour calmer les pleurs excessifs, mais la phytothérapie (les soins par les plantes) aurait montré un effet intéressant chez certains enfants (ref.1). Certains probiotiques (bactéries que l’on ajoute à l’alimentation dans le but d’orienter favorablement la flore intestinale) pourraient également agir pour calmer votre enfant (ref.2).
  • Le julep gommeux est un très vieux médicament à base d’eau de chaux et de gomme arabique. Le but de cette préparation faite par le pharmacien est de limiter l’acidité de l’estomac chez les bébés qui souffrent de coliques, en supposant que les coliques seraient dues à un problème d’acidité œsogastrique… il est préférable de conserver la préparation au frigo. Vous pouvez l’utiliser quand votre enfant pleure, à distance des tétées (l’acidité gastrique est alors revenue à son maximum), car l’eau de chaux pourrait réduire l’acidité digestive excessive. Il convient de limiter la dose journalière à 5 ou 6 cuillères à café.
  • Enfin, votre présence et votre attention restent la méthode la plus efficace pour apaiser votre bébé. Pendant cette période de sa vie, votre enfant doit être très proche de vous, il a besoin de vous. N’hésitez pas à le porter souvent contre vous, privilégiez le peau à peau, et son berceau doit être proche de votre lit. Essayez de le porter en kangourou ou en écharpe, afin qu’il se sente contre vous, lorsque vous vaquez à vos occupations. Le bain est également un moment de douceur et de complicité qui peut calmer votre enfant. Vous pouvez masser votre bébé pour le détendre. N’hésitez pas non plus à lui parler beaucoup et à lui chanter des berceuses. Lorsque les pleurs se prolongent et que vous vous sentez désarmé, prenez votre enfant dans vos bras, et déambulez ou allez vous promener : votre bébé a des chances de s’endormir dans son landau ou dans la voiture. Vous pouvez également atténuer la lumière des pièces, mettre une musique douce.

Peu à peu, les pleurs se calmeront, et à partir de 3 mois, ils devraient commencer à disparaître. Vous oublierez rapidement ces pleurs qui vous ont tant perturbée. Dans cet article il est souvent question de la mère, mais en fait la présence du père est toujours sous entendue car il a, lui aussi, un rôle majeur pendant ces périodes de pleurs, et sa présence auprès du couple mère-enfant est très importante.

Zoom sur

Définition

Les “coliques” ou “pleurs excessifs du nourrisson” :

  • selon Wessel : il s’agit de pleurs durant plus de 3 heures par jour, pendant plus de 3 jours par semaine, depuis plus de 3 semaines,
  • selon les critères de Rome III (consensus de spécialistes internationaux de gastro-entérologie pédiatrique se réunissant à Rome) :
il s’agit de pleurs durant plus de 3 heures par jour, pendant plus de 3 jours par semaine, depuis plus de 1 semaine, chez un nourrisson indemne d’autre maladie et sans cause évidente de pleurs.
  • les coliques du nourrisson ou pleurs excessifs durant plus de 3 heures par jour sont dans la réalité moins fréquents qu’on le dit. Il s’agit le plus souvent de “pleurs inconsolables” en fonction du ressenti des parents…

Le conseil du pédiatre

Les pleurs de votre nouveau-né sont fatigants, angoissants et déstabilisants. Ils vous inquiètent car vous n’arrivez pas à les calmer. Il est tout à fait normal de s’impatienter face à la réaction incontrôlable de votre enfant. Il est bien évident et bien naturel que plus votre bébé crie et plus vous êtes stressée et dans la difficulté pour le câliner… Si votre bébé se développe bien, que le médecin de votre enfant en a attesté lors des consultations, essayez de prendre du recul et quand la tension monte dites vous que vous ne pouvez rien faire d’autre pour lui que de vous éloigner un peu et de revenir dans un moment… Si vous êtes seul(e) chez vous et que vous sentez monter un énervement impossible à refréner, posez délicatement votre bébé dans son lit, parlez-lui, dites-lui que vous avez besoin d’un temps de pause. Puis changez de pièce, essayez de retrouver votre calme et n’hésitez pas à appeler une personne susceptible de vous aider.

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  1. Weizman Z. J Pediatr 1997,
  2. Alexandrovich Altern Ther Health Med 2003,
  3. Savino F. Phytother Res 2005
  4. Savino F. Pediatrics 2007
  5. Bellaïche M. Coliques du nourrisson : comment lutter contre la crise. Pédiatrie pratique N° 234 janvier 2012
  6. Bocquet A. Coliques du nourrisson : le point de vue du pédiatre libéral. Pédiatrie pratique N° 234 janvier 2012
  7. Site www.laits.fr
  8. Site www.afpa.org : l’évolution du sommeil du petit enfant
  9. American academy of pediatrics. Caring for your baby and young child: birth to age 5, Bantam Books. 2004. 752 pages

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