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Papillomavirus humain (HPV) : aussi une affaire d’homme

Mis à jour le 09 décembre 2021 2 de nos experts

papillomavirus homme

Les papillomavirus comprennent plus de 100 types différents. Connus notamment pour être responsables de la quasi-totalité des cancers du col de l’utérus de la femme, les HPV concernent aussi les hommes !
Aujourd’hui, en France, la vaccination anti HPV est recommandée et remboursée aussi bien pour les jeunes filles que pour les jeunes garçons [1], entre 11 et 14 ans, avec rattrapage jusqu’à l’âge de 19 à 26 ans.

 

Sommaire de l'article

Comment les papillomavirus (HPV) touchent-t-ils l’homme ?

Les papillomavirus humains se transmettent par contact avec la peau ou les muqueuses infectées, principalement par voie sexuelle, mais pas seulement. Les mains ou la bouche, par exemple, peuvent aussi les transmettre. (voir aussi notre article : www.mpedia.fr/art-vaccins-contre-les-hpv/)

Ces virus sont particuliers car un certain nombre de types (14 à 18 /100, dont 7 principaux) sont « oncogènes », c’est-à-dire qu’ils peuvent être à l’origine de cancers. Il existe en effet une filiation entre infection HPV, puis lésions précancéreuses, puis cancers. Cela a été démontré chez la femme par un allemand, le Professeur Harald zur Hausen. Il a reçu pour cela le prix Nobel de médecine en 2008. Le processus est le même chez l’homme, chez lequel, cependant, les lésions précancéreuses sont plus difficiles à identifier et le diagnostic se fait, le plus souvent, une fois le cancer déclaré.

La grande majorité des infections à HPV n’aura heureusement aucune conséquence sur la santé de la femme ou de l’homme infecté. 70 à 80% de ceux-ci, surtout entre 15 et 25 ans, s’infectent, mais 80 à 90% guériront spontanément. Certaines lésions dues à des HPV non oncogènes sont bénignes : ce sont les verrues banales. D’autres sont plus gênantes bien que non cancéreuses : les verrues génitales ou condylomes (petites tumeurs localisées sur la muqueuse génitale ou anale). Un certain nombre de sujets des deux sexes vont garder une infection chronique avec les types « oncogènes ». C’est dans ce cas que peuvent survenir, en particulier au niveau du col de l’utérus, des lésions précancéreuses. Suivant le grade des lésions,1 à 18% de celles-ci pourront se transformer en cancer des années après (10-30 ans). Ces lésions et cancers atteignent principalement, outre le col de l’utérus (10ème cancer de la femme), la bouche et la gorge, l’anus et le pénis. Le but du dépistage par frottis du col de l’utérus est de rechercher ces lésions génitales pré-cancéreuses ou cancéreuses. Ce frottis est systématique tous les trois ans à partir de 25 ans. Pour les lésions de l’anus ou de la gorge (présentes dans les deux sexes) comme pour celles du pénis il n’existe cependant pas de dépistage systématique actuellement. Enfin, il est possible de porter un HPV sans développer de lésions, tout en pouvant le transmettre.

Une immunodépression (affaiblissement du système immunitaire) peut en favoriser l’apparition et l’évolution.

La femme est donc principalement impactée par ces cancers « HPV dépendants » : 4750 sont diagnostiqués en moyenne par an en France. Rien que pour le col de l’utérus, ce sont, par an, 3000 nouveaux cas et 1100 femmes qui en décèdent. L’homme est non seulement vecteur potentiel du virus, mais porte aussi un fardeau cancéreux non négligeable (1750 par an).

14 à 18 génotypes d’HPV sont considérés comme potentiellement oncogènes. 7 sont les plus fréquemment mis en cause dans les cancers, dont surtout les types 16 et 18 et sont présents dans le vaccin actuellement utilisé en France.
Les HPV sont responsables chez la femme de 99.7 % des cancers du cols de l’utérus.
Chez femme et homme, ils sont la cause de :

  • 90 % des verrues génitales (100 000 cas par an en France),
  • 90% des cancers de l’anus,
  • 35 à 63% des cancers de la bouche et de la gorge.

Est-ce que la femme peut transmettre les papillomavirus (HPV) à l’homme ?

Oui, ces virus sont sexuellement transmissibles, dans les deux sens ! De plus, contrairement à la plupart des autres maladies sexuellement transmises (comme le virus de l’Hépatite B, par exemple), les préservatifs sont beaucoup moins efficaces car le virus peut passer au travers ou être colporté par la main ou la bouche. Ils restent longtemps sur la peau et les muqueuses. Les partenaires peuvent donc s’infecter mutuellement même en se protégeant, même en se faisant des câlins sans pénétration.

Par ailleurs, si l’infection anale par le HPV est plus fréquente chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, sa fréquence augmente aussi chez la femme.

Les cancers de la gorge existent chez l’homme comme chez la femme et deviennent de plus en plus fréquents. Pour certains experts, ils pourraient bientôt dépasser en nombre le cancer du col de l’utérus.

Comment soigner les papillomavirus chez l’homme ?

Chez l’homme comme chez la femme, les papillomavirus humain (HPV) peuvent disparaître spontanément.
Dans le cas contraire, le médecin pourra prescrire un traitement adapté aux différents symptômes :

  • Les condylomes ou verrues génitales ne sont pas à risque de cancer, mais ces verrues peuvent impacter la vie génitale, affective et sexuelle très longtemps. Des traitements seront souvent nécessaires : traitements chimiques, chirurgicaux ou, dans les formes les plus récidivantes, biothérapies immunomodulatrices.
  • Les lésions précancéreuses seront toujours traitées : conisation, chirurgie, etc.
  • En cas de cancer, les différents moyens de traiter des cancers seront employés, en fonction du stade et de l’extension de la maladie.

Prévention et dépistage des papillomavirus chez l’homme

La vaccination, prévention primaire, est recommandée entre 11 et 14 ans, pour les jeunes filles comme pour les jeunes garçons. Un rattrapage est possible jusqu’à 19 ans, et 26 ans pour les hommes homosexuels (HSH). Le dépistage (frottis), prévention secondaire, doit être réalisé chez les femmes à partir de 25 ans.

Un dépistage des virus difficile chez l’homme

Si le frottis vaginal et les test HPV sont bien connus pour les femmes, un dépistage des virus HPV chez les hommes est beaucoup plus difficile à réaliser et n’est pas fait systématiquement comme chez la femme.

Si un homme est inquiet, il demandera l’avis de son médecin traitant qui l’orientera éventuellement vers un urologue ou un dermatologue. Ceux-ci pourront procéder à l’examen du pénis et de l’anus afin de détecter des verrues génitales (condylomes), des lésions précancéreuses ou cancéreuses, puis les traiter. Un ORL pourra faire de même dans la bouche ou dans la gorge en cas de lésions évocatrices.

Des vaccins efficaces et bien tolérés, utilisés dans de nombreux pays depuis 2007

En France, la vaccination contre les virus HPV est aujourd’hui recommandée par la Haute Autorité de Santé (HAS) chez la jeune fille comme chez le jeune garçon, entre l’âge de 11 et de 14 ans avec un « rattrapage » remboursé jusqu’à l’âge de 19 ans, 26 ans pour les hommes homosexuels.

Entre 11 et 14 ans révolus, la vaccination se fait en deux injections du vaccin à 9 types (Gardasil 9®), à 6 mois d’intervalle. À partir de l’âge de 15 ans, la vaccination comprend deux doses à 2 mois d’intervalle, suivie d’un rappel 6 mois plus tard.

Il n’est (presque) jamais trop tard…

Si, idéalement, cette vaccination se fera donc avant 15 ans et les premières relations sexuelles, elle reste cependant très efficace plus tard et même après le démarrage de la vie sexuelle. Beaucoup de pays le recommandent jusqu’à 26 ans, voire l’autorisent jusqu’à 45 ans.

Bien que le vaccin ait été disponible dès 2007, fortement recommandé par la concertation citoyenne en 2016, par la Ligue contre le cancer en 2017, les Académies de Médecine et de Pharmacie et les sociétés médicales concernées, la France est en retard sur beaucoup de pays développés. Elle garde une couverture vaccinale (% de sujet vaccinés dans une population) faible (30%). Les virus HPV sont donc encore très présents sur notre territoire. Il est donc important de protéger vos adolescents !

La volonté d’étendre cette vaccination aux garçons est récente en France. L’objectif est de freiner la diffusion du HPV au sein de la population générale, pour mieux la prémunir, quels que soient l’âge et le sexe, et même de protéger indirectement celles et ceux qui n’ont pas pu être vaccinés. Cette vaccination a donc un intérêt individuel pour les deux sexes, mais aussi un intérêt collectif. Remboursée depuis 2013 chez les filles puis les garçons homosexuels, le remboursement officiel sera effectif en France chez tous les garçons à partir de janvier 2021.

Le dernier vaccin disponible couvre les 7 types oncogènes principaux et les deux responsables des verrues génitales. Il protège potentiellement contre 90% des cancers du col de l’utérus et une très grande partie des autres. Sa tolérance est excellente et prouvée par d’immenses études mondiales. Des pays comme l’Australie et les USA vaccinent depuis 2007 toutes leurs adolescentes et, depuis 2011-2013, leurs garçons. La tolérance est remarquable, les effets indésirables exceptionnels et bénins. Dans ces pays, la circulation des virus concernés a quasi disparu. Les verrues génitales, les lésions précancéreuses disparaissent elles aussi. Initialement, il était difficile de connaitre l’impact réel sur les cancers eux-mêmes, ceux-ci n’apparaissant que de nombreuses années après l’infection (au moins 10 ans). Nous attendions les premiers résultats au plus tôt en 2020. Ceci est maintenant fait puisque les suédois viennent de démontrer l’effet réel sur les cancers « en vraie vie ».

A l’heure actuelle, étant donnée la faible couverture vaccinale et l’absence de protection contre 10% des cancers, la vaccination des femmes et des hommes ne doit pas pour autant faire abandonner le dépistage systématique chez les femmes.

Ce virus est donc à haut risque de lésions précancéreuses et de cancers. En mai 2018, le Directeur Général de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a décrété que la lutte contre les cancers induits par les HPV était une priorité mondiale : vaccination, dépistage et traitement des lésions précancéreuses.

Les lésions HPV-induites par an, en France

Lésions HPV Induites chez les femmes et les hommes en France

Histoire naturelle du cancer : cycle infection – infection persistante – lésions précancéreuses - cancer chez la femme. Chez l’homme, le cycle est à peu près identique.

Cycle Cancer Infections Lésions

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Notes :

[1] Pour les filles depuis 2013, pour les garçons à partir du 1/1/2021

VEO : comment faire autrement ?

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