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Difficultés familiales et opposition à 3 ans : que faire ?

il y a 1 an

Bonjour,
Je vous remercie de toutes les réponses qui sont apportées aux nombreuses questions que se posent les parents. Vous nous aidez beaucoup.
Je suis maman d’une petite fille qui aura 3 ans fin novembre. Elle semble très épanouie, parle très bien, joue facilement seule, a beaucoup d’imagination et raconte pleins d’histoires qu’elle construit avec toutes les choses qui ont retenu son attention dans la journée (histoires lues ou des choses qu’elle a vue dans la journée, voir dans les semaines ou mois précédents). Elle est rentrée à l’école en septembre sans aucun souci, elle nous laisse le matin sans problème et sans pleur.
Sa journée est structurée : Son papa la lève, s’en occupe, se prépare puis l’habille, puis il la dépose à l’école puis je la récupère le soir entre 18h et 18h30 après ma journée de travail. Nous passons ensuite un moment ensemble, parfois où nous faisons des courses ou bien où je range la maison, puis je lance la préparation du repas et en profite pour faire quelque chose avec elle, un jeu, un livre. Puis son papa rentre vers 19h30/20h, nous mangeons, puis l’un fait le bain et l’autre la couche vers 21h. Elle s’endort plus ou moins rapidement mais seule, soit avec un cd de petites histoires soit avec le livre correspondant.
Là je vous ai décris la situation à laquelle nous étions arrivés en septembre/octobre après plus de 6 mois de lutte où elle ne voulait que moi, tout le temps, se mettait en énorme crise pour que je m’en occupe, se faisait vomir plusieurs fois si je ne revenais pas la coucher (pas vomir à force de hurler, vomir volontairement en se mettant les doigts dans la bouche pour ensuite m’appeler “maman j’ai vomi”), à frapper son père, à lui crier “non pas toi”. Elle se réveillait pratiquement toutes les nuits pour que je vienne, rejetais là aussi mon conjoint. J’étais complètement épuisée et je commence à remonter la pente depuis quelques semaines seulement. Mon conjoint a très mal vécu cette période de rejet, d’autant qu’il a une histoire familiale difficile (témoin de violence intrafamiliale, il n’a pas un modèle solide de figure paternelle).
Mon conjoint pensait que c’était une phase, que ça allait passer, et réagissait principalement par la distance, en quittant la pièce pour aller sur son téléphone lorsqu’il était rejeté, cela m’énervait beaucoup. Cette situation est venue exacerber des comportements qui sont présents depuis longtemps dans notre relation de couple, avec des colères de la part de mon conjoint qui sont souvent très violentes verbalement et psychiquement. La violence verbale (envers moi principalement, mais parfois envers sa fille) et la culpabilisation constante m’ont fait peur, rien ne peut justifier ces réactions à mes yeux.
Cet été, après avoir consulté une psychologue dédiée à la parentalité, seule car mon conjoint ne souhaitait pas chercher quoi faire différemment, j’ai réussi à m’affirmer différemment par rapport à ma fille : j’ai remis des limites fermes qu’elle ne puisse pas dépasser (“tu ne veux pas aller te coucher ? Très bien moi je vais prendre ma douche, puis je vais dormir, ce n’est pas toi qui décide si je vais me coucher ou pas”). Nous avons attaqué la rentrée des classes sous de bien meilleures dispositions et le rejet s’est amoindri.
La violence des réactions de mon conjoint (qui traverse une phase difficile de sa vie professionnelle) n’a fait qu’augmenter depuis septembre, je me suis là aussi affirmée, j’ai dit stop, en lui expliquant que s’il ne travaillait pas sur lui pour cesser d’avoir ces comportements violents (cris, hurlements, chantage, manipulation, insultes) je le quittais. Cette conversation s’est tenue hors de l’appartement sans ma fille, mais elle a, par le passé été témoin de disputes, et nous a entendus pendant sa sieste. Mon conjoint est très abattu et perdu… et voilà que ma fille se met à nouveau à le rejeter en bloc, à ne pas vouloir aller dormir, à vouloir qu’on lui tienne la main pour s’endormir, à vouloir que son père s’occupe d’elle dès qu’il n’est pas là…
Autant vous dire que dans cette période compliquée pour notre couple, avec un conjoint qui n’arrive pas toujours à garder la tête hors de l’eau et me culpabilise de la situation (parlant d’un coup de tête de ma part “si on se sépare on va bousiller notre enfant, elle vit déjà très mal la situation, elle a besoin de normalité”), nous sommes un peu démunis face à une petite fille qui veut tout contrôler et tout décider. Je ne vais certainement pas me forcer à jouer au papa et à la maman parfaits pour que ma fille retourne se coucher facilement (ce qui est la demande de mon conjoint). Mon conjoint me dit qu’il ne peut rien faire, et donc je suis la seule à tenter d’apporter du cadre.

Je verbalise évidement le fait que cette situation ne convient pas, auprès de ma fille directement, qu’elle ne décide pas de tout, que c’est comme ça et pas autrement, elle crie pleure se roule en boule, mais au final quand le matin elle n’est pas habillée à moins de 10 min de la fermeture des portes de l’école, je suis forcée de céder et de l’habiller… et on retombe dans la boucle infernale.

Bref, que me conseillez-vous pour sortir de cette situation? Je suis épuisée de chercher l’équilibre constamment.

Merci de votre réponse.

La réponse de notre expert

SALINIER Catherine, Dr, Pédiatre Pédiatre Ambulatoire & Past Présidente de l'AFPA
 Dr Catherine SALINIER

Bonjour Madame,

Je suis absolument désolée de ce qui arrive à cette petite fille qui a un couple de parents si mal en point et désolée aussi pour vous deux son papa et sa maman. Votre petite fille veut sans doute tout contrôler, comme vous dites, car toute la stabilité acquise depuis peu, en famille est en train à nouveau de s’effriter…. Vous dites qu’elle rejette à nouveau son papa en bloc mais vous aussi dans votre courrier le critiquez beaucoup et le rejetez beaucoup … Je le comprends puisque vous me dites qu’il est violent et effectivement la violence en famille est insupportable. Votre petite fille est au prise à beaucoup d’agitation psychologique affective et sans doute verbale dans votre famille … alors elle aussi explose comme elle peut en refusant d’aller dormir, en faisant des colères etc… Elle aussi se débat dans le désordre… Et cela d’autant plus sans doute que tous les petits enfants de 3-4 ans sont dans l’opposition, même quand leur famille va bien.

Cependant, je ne peux pas vous aider sauf à vous conseiller de revoir et rapidement, la psychologue que vous aviez vue. Il n’y a qu’un travail familial qui peut vous aider tous ensemble et certainement surtout un travail de couple. Votre mari ne souhaite pas faire ce travail mais par ailleurs il ne souhaite pas non plus que vous le quittiez. Vous tenez vous, et vous avez raison, à avancer et à ne pas rester dans cette situation. Je pense qu’il faut que vous arriviez à le convaincre que c’est la seule façon d’avancer et, en tous les cas, la seule chose que vous attendez de lui pour tenter de sauver votre famille. Ce ne serait pas du chantage car il doit effectivement comprendre et accepter que vous ne pouvez pas rester dans la situation actuelle tant qu’il reste entre vous, de part et d’autre, des sentiments justifiant la poursuite d’une vie de famille.

Vous dites que vous ne pouvez pas “jouer au papa et à la maman parfaits” et pourtant si… Je veux dire par là que votre enfant a besoin de calme, de structure à ses matins et soirées et week-ends, même si vous, vous savez que c’est une illusion. Il vous faut lui éviter le plus possible les disputes et les tensions si vous souhaitez qu’elle soit à peu près calme et sereine pour aller dormir. Comment une petite fille de 3 ans peut-elle aller dormir sereinement si sa maman lui explique que la situation familiale est difficile…

Donc pour nous résumer : préservez le plus possible votre fille des disputes et de vos soucis, donnez lui du temps et de l’attention, demandez à son papa d’en faire autant au moins à son égard à elle et allez consulter. Si la situation n’évolue pas ou si votre mari ne veut pas qu’elle évolue, ni faire ce qu’il faut pour qu’elle évolue, alors vous prendrez vos décisions. Mais il y a du chemin à faire avant de renoncer.

Je vous souhaite bon courage.