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Mon fils de 3 ans refuse certains aliments, que faire ?

il y a 3 mois

Bonjour,
Mon fils a 3 ans, il vient d’entrer en petite section de maternelle. Je l’ai allaité 22 mois. Il a été chez une assmat de ses 5 mois jusqu’à l’entrée à l’école et je lui préparait tous ses repas. Depuis que nous avons mis fin à l’allaitement qui sur les derniers mois était en complément de son alimentation quotidienne, mon fils a progressivement sélectionné les aliments jusqu’à en refuser plusieurs aujourd’hui. Notamment la viande (mis à part la viande hachée dans la bolognaise), les légumes (mis à part les concombres, carottes et radis à croquer) et les fruits (sauf en compotes). Il ne mange donc pas d’autres viandes, ni de poissons, et pas d’autres légumes ou fruits en morceaux. Il aime cependant les pâtes, le riz, la semoule, je parviens parfois à lui faire accepter les lentilles vertes ou corail quand je les mélange au riz par exemple. Il mange aussi très bien les yaourts. Tout cela est de fait bien compliqué dans l’organisation des repas de la famille. Nous en étions arrivés à lui faire ses repas à lui différemment des autres. Avec mon mari, nous avons tenté plusieurs choses. D’abord d’insister un peu, ce qui a marché un temps. Parfois de lui poser fermement le cadre, ce qui n’a pas du tout été productif. Depuis quelques semaines, nous tentons une autre méthode, qui est de mettre tout le repas sur la table, de l’entrée au dessert, et de lui laisser choisir ce qui lui fait envie, dans l’ordre qu’il souhaite en espérant que cela éveil de nouveau sa curiosité. Mais cela ne me semble pas non plus très efficace. Je crains les carences… par ailleurs, notre fils est allergique aux kiwis et à la tomate crue, je vais donc devoir lui préparer ses repas pour la cantine dans le cadre d’un PAI. Auriez-vous des conseils à nous donner ? Le médecin traitant n’est pas plus inquiet que cela et dit que « ça va passer ! » mais cela fait quand même un an que ça dure… merci beaucoup

La réponse de notre expert

BOCQUET Alain, Dr
 Dr Alain BOCQUET

Bonjour,

Votre fils est en pleine période de néophobie.

Fréquente entre 18 mois et 6 ans, elle est définie par la réticence à goûter des aliments nouveaux, mais elle se manifeste aussi par une certaine sélectivité avec le refus d’aliments acceptés antérieurement et une restriction du registre alimentaire. Elle ne constitue pas un trouble de l’oralité avéré ni un trouble du neuro-développement ou psychique, mais correspond à une phase normale et transitoire du développement. Il est très important que l’enfant découvre l’odeur, la texture et le goût de l’aliment nature, en particulier pendant les premiers mois de la diversification, puis il sera possible de mettre du goût et de la couleur dans l’alimentation en jouant avec les épices et les herbes aromatiques et de présenter les aliments sous des formes différentes : à la vapeur, en salade, en gratin, etc. Si votre enfant refuse un aliment il faut le lui proposer de nouveau un autre jour, avec une incitation bienveillante et sans le forcer. Il ne faut pas vous décourager après plusieurs refus mais savoir persévérer, au moins une dizaine de fois, jusqu’à ce que l’aliment initialement refusé soit finalement accepté voire apprécié. Un véritable dégoût pour un aliment est cependant possible. Il ne faut pas féliciter votre fils s’il a bien mangé, ni le réprimander ou le punir pour le refus d’un aliment. On ne doit pas l’obliger à finir son assiette. En cas de refus, il faut éviter de compenser par un autre aliment ou un dessert plus important au même repas, ou par la proposition d’aliments entre les repas. La convivialité doit être favorisée dès le plus jeune âge, et le repas en famille permet la découverte d’aliments nouveaux. Votre fils sera d’autant plus tenté de consommer un aliment que d’autres membres de la famille consomment la même chose. Il en est de même des repas en collectivité pendant lesquels il sera tenté d’imiter ses pairs. L’alimentation doit être source de plaisir : découvrir de nouveaux aliments, retrouver des aliments connus, partager en famille, etc.

À table il ne faut pas surveiller ce que mange votre enfant et ne montrer aucune inquiétude s’il a peu mangé. Des portions trop importantes risquent de le décourager : il vaut mieux qu’il sache écouter sa faim et sa sensation de satiété afin de s’autoréguler. Il faut éviter le chantage, les réprimandes ou les punitions s’il a peu ou pas mangé, et ne pas le féliciter ou le récompenser s’il a bien mangé. Vous devez éviter d’évoquer sans cesse ce problème à votre fils, et d’en parler entre vous ou à une tierce personne devant lui : il se rend compte qu’il a un pouvoir sur vous en refusant la nourriture, et il peut en jouer, surtout s’il a une personnalité forte. Un besoin d’opposition peut développer une hyper-sélectivité et vous mettre en échec. Vous devez montrer par votre attitude que le refus de manger vous est indifférent et faire comme si cela n’avait pas d’importance pour vous. Si les repas deviennent un combat et une source d’angoisse pour chacun ceci aggrave l’impossibilité de partager du plaisir aux repas. Plus on répond par la contrainte à cette opposition plus elle s’affirme et plus le conflit s’aggrave et se focalise sur l’alimentation pour longtemps. Votre enfant ne va pas dépérir même s’il saute quelques repas. Plus vous serez permissifs dans l’alimentation de votre enfant (courses d’après ses goûts, aliments – récompense, remplacement d’aliment refusé, etc.), plus celui-ci sera sélectif.