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Est-ce raisonnable de laisser un bébé pleurer 5 minutes ?

il y a 6 mois

Bonjour,

Je ne pose pas vraiment une question mais voulais signaler mon étonnement face aux réponses apportées par plusieurs pédiatres sur ce site et ailleurs aux pleurs nocturnes des enfants. Je lis souvent “n’hésitez pas à le laisser pleurer 5 minutes”. Cela me semble en opposition avec les connaissances récentes de neuropsychologie de l’enfant qui ont montré que laisser pleurer un enfant seul va entraîner un arrêt progressif des pleurs, mais également un stress chronique destructeur pour le cerveau des bébés et une baisse de l’estime de soi. 5 minutes à pleurer c’est énorme ! Même moi lorsque je pleure ça ne dure pas 5min. On ne ferait même pas ça à un adulte ! Le message envoyé est clair : mon bébé lorsque ça ne va pas débrouille toi tout seul, tes parents ne sont pas là pour toi, tu n’en vaut pas la peine.

La réponse de notre expert

SALINIER Catherine, Dr, Pédiatre
 Dr Catherine SALINIER

Bonjour Madame,

C’est toujours moi qui réponds aux questions de réveils nocturnes des bébés. J’ai une longue expérience de la pédiatrie et de consultations de troubles du sommeil. Je suis en plus de ma formation de pédiatre formée en pédopsychiatrie, en psychothérapie interpersonnelle et en discipline positive. Je connais bien les travaux des neurosciences que vous citez et je vous félicite de vous y intéresser.

Je vous remercie aussi de me faire votre remarque avec bienveillance. Il m’est déjà arrivée sur Mpédia de recevoir les mêmes remarques sur un ton très malveillant, voire insultant. C’est donc avec plaisir et sérénité que je vous réponds.

Bien évidemment qu’il n’est pas question de laisser hurler un petit bébé impunément pendant ses premiers mois, ni 2 ni 5 minutes Nous connaissons bien le lien, la réponse immédiate aux cris, qu’il faut avoir pour créer un attachement secure. On connait très bien même toutes les modifications hormonales du stress lorsqu’un tout petit bébé crie longtemps. On connait très bien les dégâts sur la personnalité des enfants des situations d’insécurité affective.

Mais ce qu’on connait aussi c’est l’épuisement de certaines mamans qui ne peuvent jamais poser leur bébé tellement on leur a dit d’intervenir très vite, chaque fois.  Ce que l’on connait aussi c’est que cet épuisement amène souvent à la dépression. On connait aussi que les bébés des mamans en dépression post natale sont des bébés impossible à calmer et souvent impossible à poser. Et ce que l’on connait aussi c’est le nombre incroyable de bébés secoués quand des mamans sont épuisées, à bout. Et ça, secouer un bébé, je vous assure que ça détruit le cerveau bien plus sûrement que de chercher son calme et son sommeil seul pendant 5 minutes même en criant. 10% meurent et 75% garderont des séquelles dont certaines très lourdes.

Alors oui, moi, et beaucoup de pédiatres au plus près des mamans et des bébés des journées entières de consultations, année après année, nous ne dirons jamais à une maman d’un bébé de 1, 2 ,3 ou 4 mois de le laisser crier 5 minutes mais à 5, 6 etc… mois ; quand elle exprime son épuisement oui nous le disons et je continuerai à le dire.

Chaque question est différente et mon travail sur Mpedia n’est pas de donner des recettes miracles mais d’orienter les parents vers une réflexion sur leur lien à leur enfant quand ce lien leur pèse, en essayant de m’adapter à chaque situation décrite. Et en quelques lignes c’est difficile.

A ceux qui sont très bien à dormir avec leur enfant, à ne jamais le laisser crier, à répondre immédiatement à tous ses appels comme ils me le disent en consultation, à se lever 4 fois par nuit pour rendormir leur enfant même s’ils sont épuisés au travail la journée et qui ne m’écrivent pas, qui ne me demandent rien, bien évidemment que je n’irai jamais intervenir dans leur façon de faire. Chacun élève son enfant comme il veut. Mais quand des parents n’en peuvent plus et m’écrivent, je les aide à trouver un compromis raisonnable, bienveillant mais ferme, entre les besoins physiologiques et attentes légitimes de leur bébé et la nécessité de leur repos et sérénité qui seront, j’en suis sûre, plus profitables à leur bébé  que leur exaspération et leur épuisement.

D’ailleurs vous remarquerez que je ne dis jamais qu’un bébé pleure mais qu’il crie. J’imagine que vous voyez la nuance.

Je vous remercie de m’avoir permis cette mise au point.