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Le trotteur est-il réellement déconseillé ?

il y a 5 ans

Bonjour,

Mon bébé aura bien 4 mois, puis-je le mettre dans un trotteur ?

La réponse de notre expert

WERNER Andréas Dr
Dr Andréas  WERNER

L’utilisation des trotteurs / youpalas n’est pas recommandée, ni par les urgentistes, ni par les neuro-pédiatres, ni par mes néonatologistes. Voir les articles sur les trotteurs et les risques d’accidents domestiques.

La seule raison d’être du trotteur est le confort parental.

LES TROTTEURS : RECOMMANDATIONS D’UTILISATION
 OU INTERDICTION ?


B. Chevallier, service de pédiatrie, hôpital Ambroise-Paré, Boulogne-Billancourt

Cette question doit être abordée lors des consultations médicales, que la famille elle même l’évoque « Docteur, que pensez vous du trotteur ? » ou que le médecin, dans une démarche systématique et souhaitable de prévention des accidents domestiques, pose ainsi la question « avez-vous un trotteur à la maison ? ».

Les Canadiens ont récemment interdit la vente des trotteurs sur leur territoire, après avoir démontré que seule l’interdiction réduisait de manière significative ce type d’accidents (recommandations de grade A). L’Académie américaine de pédiatrie a rendu un avis défavorable sur leur utilisation et plusieurs pays européens développent depuis deux ans une stratégie d’information auprès des familles sur les dangers de cette pratique.

Les accidents de trotteurs sont certes peu fréquents, en regard de leur utilisation massive (exposition au risque élevée), entre 2 et 4 % de l’ensemble des accidents dans la tranche d’âge des 0-4 ans, et sont le plus souvent bénins (moins de 20 % requièrent des soins médicaux et 5 % d’entre eux une hospitalisation) (enquête EPAC, InVS 2003). Cependant, comme le souligne le travail d’une équipe alsacienne, ces accidents de trotteurs sont responsables à eux seuls de 40 % des traumatismes crâniens du jeune enfant. Quelques cas de décès et/ou de traumatismes crâniens sévères ont été rapportés aux États-Unis et en Grèce dans les années 90, en particulier du fait de chutes intempestives dans des escaliers.

Doit-on alors aller jusqu’à recommander dans notre pays (ou plutôt dans le cadre d’une réglementation européenne) l’interdiction de la fabrication et surtout de la vente des trotteurs ? Les pédiatres qui s’occupent d’accidentologie de l’enfant dans les différents pays européens sont prêts à franchir le pas et à le recommander aux tutelles. Les données épidémiologiques semblent suffisantes et l’évaluation des diverses stratégies de prévention plaide pour cette décision autoritaire dans le cadre d’une prévention passive, donc accessible à tous.

En attendant d’éventuelles décisions politiques, certaines données doivent être connues des pédiatres français pour être émises sous forme de recommandations lors des consultations de la première année de la vie :

– le trotteur est inutile pour apprendre à marcher. La marche est le résultat d’un apprentissage : l’enfant apprend d’abord à s’asseoir puis à se déplacer ; il utilise les bras et son corps pour chercher son équilibre. Dans le trotteur, un enfant se voit forcé de brûler les étapes : on le met debout avant qu’il ne soit capable d’y arriver seul ; c’est le trotteur qui travaille à sa place en portant le poids de son corps et en le maintenant en équilibre ;

– le trotteur est potentiellement dangereux :

  • l’enfant échappe au regard de ses parents et accède à des objets ou des endroits dangereux,
  • l’enfant peut basculer (escalier, marche) ou être arrêté brutalement par un obstacle et ainsi être projeté sur un coin ou un angle saillant,
  • l’enfant peut être bousculé par les jeux de frères et sœurs.

– Certaines recommandations doivent être rappelées aux parents de jeunes enfants, sur le modèle proposé par Educa-Santé (centre collaborateur OMS de Belgique) :

  • ne pas utiliser le trotteur avant sept-huit mois et arrêter son utilisation lorsque l’enfant marche ;
  • ne pas laisser l’enfant dans son trotteur plus d’une heure par jour ;
  • délimiter le parcours du bébé (bloquer les accès aux escaliers, fermer certaines pentes, écarter tables basses ou objets contondants à portée éventuelle de l’enfant) ;
  • régler la hauteur du trotteur en fonction de la taille (l’enfant doit toucher le sol, pieds à plat) ;
  • sortir l’enfant du trotteur s’il devient grognon ou si vous le sentez fatigué.