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Le complexe d’Oedipe
Père et fils
de 3 ans à 6 ans
Mémoriser Je vous recommande l'article "Le complexe d’Oedipe : qui, quand, comment ?" sur le site mpedia.fr

Le complexe d’Oedipe : qui, quand, comment ?

Vous avez de nombreuses fois entendu parler du complexe d’oedipe. Qu’en est-il pour votre enfant ? Comment se manifeste-t-il ? A quel âge ? Cela concerne-t-il tous les enfants ?

Le complexe d’Œdipe (décrit par S. Freud en référence au mythe de l’Antiquité grecque) est une étape "développementale", universelle et structurante, au cours de laquelle l’enfant va éprouver, à la fois, des désirs amoureux et hostiles à l’égard de ses parents : désir et convoitise pour le parent du sexe opposé au sien, hostilité et rivalité vis-à-vis du parent du même sexe que lui. Cette étape est essentielle à la construction de l’individu, à la fois pour la constitution de sa personnalité et de son identité, mais aussi pour son intégration dans le champ social.

Comment ce complexe se manifeste-t-il ?

Tous les enfants passent par cette étape fondatrice de leur développement, mais alors que certains la traversent de manière douce et discrète, elle peut se révéler plus bruyante et manifeste pour d’autres. Concrètement, durant cette période, l’enfant recherche avant tout la proximité physique avec son parent de sexe opposé (en cherchant son odeur, son contact, sa peau,…mais aussi en s’accaparant ses faveurs ou en monopolisant son temps). Parallèlement, pour s’assurer l’exclusivité de cet amour, l’enfant tend à rivaliser avec le parent du même sexe, jusqu’à le repousser et éprouver des sentiments d’hostilité à son égard.

Le petit garçon va rechercher les caresses de sa maman, réclamer sans cesse bisous et câlins, revendiquer de dormir avec elle, revêtir ses vêtements, se parer de ses bijoux, tenter de lui prouver sa force, son courage et sa virilité (notamment en s’exhibant tout nu !), rêvant, au final, de l’épouser et d’évincer son papa, dont il perçoit confusément la menace dans le lien à sa mère.

Dès lors, pour l’enfant, son papa devient l’objet de sentiments contrastés où se mêlent jalousie, hostilité, agressivité et colère, mais aussi admiration et désir d’identification pour cet homme qui, malgré ses efforts et revendications d’enfant, rivalise dans le cœur de sa maman et y conserve une place unique.

La petite fille, quant à elle, même si elle recherche toujours la tendresse de sa maman, elle s’en détache progressivement (non sans éprouver de l’ambivalence et de la culpabilité), se détourne d’elle (jusqu’à l’ignorer parfois totalement) pour tenter de séduire et conquérir, pour elle seule, le cœur et les faveurs de son papa. Pour ce faire, elle va par exemple lui offrir des cadeaux, réclamer d’être portée dans ses bras, chercher à l’embrasser sur la bouche, se frotter contre lui, exprimer son désir de se marier avec lui quand elle sera plus grande, etc.

Dans le même temps, garçons et filles vont constamment chercher à s’immiscer entre les deux parents, vivant douloureusement (avec le sentiment d’être trahi, abandonné, voire rejeté), le moindre rapprochement ou la plus petite marque de tendresse au sein du couple. Ils font parfois preuve, alors, d’une vigilance et d’une ingéniosité redoutables pour mettre un terme, aussi vite que possible, à ces effusions de sentiments qui leur déplaisent fortement et dont ils se sentent exclus !

A quel âge ?

Dans toutes les cultures et sur tous les continents, les enfants connaissent cette phase développementale. Habituellement, cette étape universelle et indispensable à la maturation apparaît chez l’enfant aux alentours de 3 ans pour s’éteindre vers l’âge de 6 ans, dans le même temps qu’émergent une conscience morale nouvelle et l’intégration de la notion de pudeur (l’enfant cessant alors de se dévoiler nu au regard de l’autre).

A partir de 6 ans, le déclin du complexe d’Œdipe offre alors à l’enfant l’opportunité, nouvelle et enthousiasmante, d’élargir son regard, de diversifier ses intérêts et de déployer ses ressources et son énergie vers de nouveaux champs d’exploration et sources de satisfaction. Ce sera, alors, le début d’une socialisation progressive et de l’investissement des processus intellectuels.

Comment accompagner mon enfant dans cette étape ?

Pendant les trois années de cette étape développementale importante, les parents aideront leur enfant en affichant l’image d’un couple aimant et uni, notamment en montrant à leur progéniture l’authenticité et la solidité de leur engagement mutuel (respect, solidarité, attention, écoute, etc.). Ils pourront ainsi faire face, ensemble, aux élans affectifs débordants qui alterneront avec les attaques et mouvements de rejet de leur enfant. En effet, c’est au regard de l’harmonie du modèle amoureux symbolisé par ses parents que l’enfant pourra surmonter ses conflits infantiles et tiraillements intérieurs et ainsi résoudre le complexe d’Œdipe.

Expliquer

En outre, c’est à vous d’expliquer simplement les choses (sans gronder ni punir), notamment en posant, avec bienveillance mais fermeté, des limites claires, simples et essentielles sur "ce qui se fait" et "ce qui ne se fait pas" avec sa maman ou son papa : "Oui, tu peux venir me faire un câlin dans mon lit, mais non, tu ne peux pas dormir avec moi, c’est la place de papa", "Oui, tu peux m’embrasser sur les joues ou sur le front, mais le bisou sur la bouche c’est seulement avec son amoureux, comme moi avec ta maman", etc.

N’hésitez pas, ici, à rappeler à votre enfant le rôle de tiers, de séparateur joué par votre conjoint. C’est un bon moyen de prévenir l’illusion enfantine d’une possible relation exclusive et fusionnelle avec vous. Ce peut être l’occasion, aussi, d’expliquer à votre petit la notion de "barrières générationnelles" : les adultes s’aiment et font des enfants qui, à leur tour, grandissent, tombent amoureux et construisent leur propre famille.

Rassurer

Veillez à rassurer régulièrement votre enfant sur l’amour que vous lui portez : "Tu sais, mon cœur est assez grand pour vous aimer, aussi fort, toi et ton papa", "Je t’aime très fort, mais j’aime aussi ta maman, c’est différent", etc.

Différencier

Enfin, le couple doit veiller à instaurer des frontières claires et des limites bien distinctes entre les espaces afin de préserver l’intimité et le respect de chacun (porte de la salle de bain fermée pendant la toilette, porte de la chambre conjugale close au moment du coucher, etc.) pour ne pas ajouter à l’état d’excitation de votre enfant. Bien entendu, l’exposition à des images - photos, films, émissions TV, séquences Internet, etc. - à contenu érotique ou pornographique est bien évidemment à proscrire totalement.

A retenir
En quoi le complexe d’Œdipe est-il important pour la construction de l’enfant ?

Étape essentielle du développement, le complexe d’Œdipe est un élément fondateur de l’histoire et des relations à venir de l’enfant. En effet, cette période lui permet, via la diversité, la richesse, mais aussi la contradiction et l’ambivalence des émotions et sentiments éprouvés, de franchir un certain nombre d’étapes de maturation dans sa croissance et de prendre conscience de valeurs essentielles à son épanouissement.

  • Tout d’abord, l’enfant passe d’une relation privilégiée et exclusive (avec un seul "objet d’amour"), à une relation triangulaire où le couple parental forme un maillon indissociable. Dès lors, libéré de ce lien unique, l’enfant se retrouve libre de s’engager dans la quête de nouveaux "objets d’amour" et d’investir de nouveaux champs d’exploration et de découverte.
  • Également, grâce à l’image formée par ses parents et au récit de sa propre histoire (projet parental, désir d’enfant, naissance, etc.) que ces derniers lui ont racontés, l’enfant intègre la notion de "génération" et conçoit son inscription dans une lignée dont il lui revient, maintenant, de prolonger la trace.
  • Par ailleurs, avec la prise de conscience de son propre sexe, l’enfant accède à la différence des sexes et, plus largement, à la notion d’altérité.
  • En outre, par la frustration de ses aspirations et l’insatisfaction de ses envies (se marier avec sa maman, avoir des enfants avec son papa, etc.), l’enfant appréhende la notion de « désir » (qui se différencie du « besoin » en ce sens qu’il ne peut être jamais totalement assouvi) avec laquelle il va devoir composer tout au long de sa vie.
  • Enfin, par l’intériorisation des interdits parentaux (notamment l’inceste) et l’acceptation des exigences sociales (le respect de la personnalité et de l’intimité de chacun, par exemple), l’enfant se confronte à l’ordre moral, aux valeurs universelles et aux lois communes qui régissent les relations entre les Hommes. L’enfant passe, alors, de la Nature à la Culture.

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Experts
Article publié le 19/02/2013 Mis à jour le 07/12/2017
Sources
Interview du Dr Laurence Racle
 
American academy of pediatrics. Caring for your baby and young child: birth to age 5, Bantam Books. 2004. 752 pages
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Les nouvelles formes de parentalité

Parallèlement à la structure familiale classique « Père Mère enfant(s) » il existe actuellement de plus en plus de familles de structure différente ( Mono ou homo parentales ou  recomposées ) Dans ces configurations familiales même si les différents éléments et les différentes étapes du  complexe d’oedipe sont moins évidemment observables, il n’en reste pas moins que les liens unissant les différents protagonistes de la famille ( y compris l’enfant) se structurent et se restructurent au fil du temps avec une place, au moins symbolique, attachée à chacun en fonction de l’histoire de cet enfant et de cette famille ( qui a porté l’enfant ou pas, qui s’en est occupé le plus ou pas les premiers mois, avec qui il a la relation la plus paisible etc… ) et de la famille élargie ( grands parents, amis etc …)  On peut alors re-visiter la théorie du complexe d’oedipe dans ces nouvelles structures familiales où l’on observe en pratique les mêmes mouvances des liens d’attachement que dans une famille classique.

Voir l'article sur les nouvelles formes de parentalité.