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Quels sont les risques psychologiques et physiologiques du port du masque dès 6 ans ?

il y a 5 mois

Bonjour, je suis parent d’élèves et de nombreux parents, dont je fais partie, sont très inquiets des conséquences psychologiques et physiologiques du port du masque chez les enfants de 6 à 11 ans pendant toute la journée, toute la semaine y compris en extérieur pendant les récréations et les pauses méridiennes. Nous sommes très surpris de voir que les professionnels de l’enfant, comme les pédiatres, les pédopsychiatres ne communiquent pas plus sur ces conséquences (pas sur le coronavirus mais bien sur le port du masque). J’aimerais avoir les retours de vos experts mpedia, afin de comprendre le risque (ou pas) que nos enfants prennent (ou non) en portant le masque tout ce temps. Nous aimerions aussi avoir un retour (s’il existe) sur l’évaluation du bénéfice/risque de ce port du masque à l’école élémentaire par rapport à l’épidémie qui sévit. De plus si vous pouviez nous communiquer des éléments de la littérature sur lesquels nous pouvons nous appuyer.
En vous remerciant pour votre aide et votre temps,
Bien cordialement,

La réponse de notre expert

SALINIER Catherine, Dr, Pédiatre
 Dr Catherine SALINIER

Bonjour madame,

Votre question nous est posée toute la journée en consultation et je comprends bien votre perplexité.

Les consignes sanitaires varient au fil de la progression de la pandémie. Nous vivons actuellement une vague virale, encore plus importante qu’au mois de mars disent les chiffres, qui impose des mesures de prudence extrême. J’entends que les parents sont inquiets des conséquences du port du masque chez les enfants mais il leur faut aussi être inquiets de la diffusion du virus chez les enfants et par les enfants. On a dit et on dit toujours et on confirme que les enfants sont moins souvent malades, moins gravement malades et moins contaminants que les adultes. Mais “moins” ne veut pas dire “pas”. Et le port du masque par les petits ( 6-11 ans pour le moment chez nous mais plus petits encore dans certains pays) doit être considéré comme une protection sinon indispensable, tout au moins pas inutile. Bien sûr cela s’ajoute à toutes les autres mesures barrières. Or les enfants, même si on le leur répète et re-repète, ne se lavent pas forcément les mains autant qu’il le faudrait ou ne toussent pas comme il le faudrait toujours. Plus il va faire froid et moins les locaux seront aussi facilement aérés qu’ils devraient l’être. Donc toutes les précautions sont utiles car elles s’ajoutent et se complètent.

Nous ne notons dans nos consultations aucune conséquence fâcheuse du port de masques. Certainement que chez des enfants plus petits, ayant des troubles du langage oral ou malentendants, qui ont besoin de la lecture labiale pour comprendre la parole, il est à reconsidérer. Néanmoins même si la journée d’école est longue, les enfants sont sans masque à la maison le matin, le soir et les mercredis et week-end.  Certainement qu’en extérieur quand les enfants jouent à distance en courant il n’est pas utile. Certainement qu’à la cantine il est illusoire et, d’ailleurs, il n’est pas porté pendant le repas. Mais plus il sera recommandé et plus il sera porté… Les moments d’exceptions existeront bien sûr.

Les enfants quand on les interroge ne disent pas qu’ils en sont gênés. Certains même sont très fiers de faire comme les grands et, avant la recommandation de le leur faire porter, beaucoup le portaient déjà à la demande de leurs parents ou parce que cela leur plaisait de faire comme les grands.

Les pédopsychiatres remarquent surtout que les enfants sont inquiets quand les parents sont inquiets. Et si les parents, comprenant la nécessité de la protection de tous, et pesant le pour (protection indispensable) et le contre (risques hypothétiques) les aident naturellement à accepter cette contrainte et la leur explique, comme les autres contraintes imposées par la vigilance qui s’impose à tous, les enfants l’acceptent. Certains pédopsychiatres ont remarqué que les enfants atteints de troubles autistiques sont plus calmes en présence d’adultes ou de camarades masqués comme si moins d’afférentes sensorielles leur étaient moins d’agression.

Pour rester dans le domaine de l’infectiologie il faut aussi comprendre que cette mesure (comme les autres mesures barrières) sera en même temps une protection contre d’autres virus en particulier la grippe qui a tué plus d’enfants que le Covid dans le même temps. Et nous constatons dans nos consultations beaucoup moins de ces pathologies actuellement.

Je ne vois pas très bien quelle conséquence physique il pourrait y avoir. Certains enfants très malades, atteints de maladies ou de traitements entraidant un déficit de leur système immunitaire, portent des masques pendant de longs mois sans que rien n’ait été noté chez eux comme conséquences du masque. De même dans les pays qui les utilisent culturellement.

Mais bien sûr je ne crois pas, puisque cette pratique est toute récente, que nous pourrons vous fournir des études ou des références bibliographiques. Mais je vais remonter votre demande à nos experts infectiologues. Et si vous en trouvez prouvant l’inutilité du masque ou sa dangerosité je vous saurai gré de nous les adresser, si elles sont scientifiques bien sûr.

Une chose est primordiale : le retour des enfants à l’école. Vous savez les effets de la non scolarisation sur le développement cognitif des enfants, sur leurs apprentissages, leur socialisation avec leurs pairs source d’équilibre en cette période angoissante et aussi sur leur protection quand ils vivent dans des milieux très vulnérables. Le retour à l’école en cette période de circulation maximale du virus imposait cette protection supplémentaire.

En résumé : nous vivons une période de grands risques pour tous même s’il y a bien moins de risque chez les enfants. Une période encore pleine d’inconnues.  Nos autorités sanitaires et institutionnelles font au mieux en fonction de différents paramètres dont, en ce qui concerne la santé des enfants les avis des sociétés de pédiatrie et en ce qui concerne l’école, l’avis des enseignants.