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Écrans & adolescent : parents, tenez bons… et donnez l’exemple !

Mis à jour le 28 novembre 2021 2 de nos experts

Les adolescents et les écrans

Les écrans font partie de la vie quotidienne, et cela ne date pas d’hier : mais à l’inverse de vous, parents, vos adolescents sont nés avec le numérique (« génération digital natives »).

Les écrans sont partout (une récente étude statistique fait état de 11 écrans par foyer familial) et occupent une part non négligeable du temps (près de 35 heures par semaine en moyenne pour l’adolescent…).

Les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), autrement dit le numérique, sont tout à la fois outil de communication, de travail, de culture, de divertissement et sont un objet de fascination pour les adolescents, tandis que du coté des parents se manifestent des craintes des conséquences de trop d’usage ou mésusage, craintes le plus souvent non fondées.

Comment construire la bonne distance pour accompagner les adolescents dans le monde numérique ? D’autant que les TIC, via les réseaux sociaux, créent des situations d’intrusion dans l’espace privé de personnes extérieures à la famille, bousculant les temps familiaux…

Sommaire de l'article

La tentation de la surveillance est grande face au pouvoir de ce monde virtuel que tout parent perçoit comme dangereux… À l’évidence, la posture éducative des parents vis-à-vis des écrans ne doit pas s’improviser dans l’urgence quand le processus d’adolescence survient.

C’est dès le plus jeune âge qu’un bon usage du numérique doit se mettre en place… La règle des 3 – 6 – 9 – 12 élaborée par Serge Tisseron est maintenant bien connue, ainsi que les outils développés par mpedia. Vous pourrez aussi trouver les recommandations en direction de la jeunesse (à quand les recommandations en direction des adultes ?) sur le site du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP).

Ni diabolisation, ni banalisation

À l’adolescence, il ne saurait être question ni de diaboliser, ni de dénigrer l’usage des écrans, mais on ne doit pas pour autant le banaliser. Il n’est jamais trop tard pour redire les limites à respecter dans la fréquentation de l’univers numérique… qui ne saurait remplacer la vraie vie : les adolescents ne disent-ils pas d’un camarade omniprésent sur internet qu’il est « no life » ?

Dites-vous bien que le jeune est toujours sensible aux préoccupations et questionnements des adultes sur ce qu’il peut trouver sur internet (même si il affiche son agacement et affirme qu’il sait déjà tout cela, qu’il n’a pas besoin de conseils… et qu’il est d’ailleurs tellement plus agile que ceux qui le mettent en garde dans le maniement de ces outils…).
Toutes les occasions de faire conversation sur ce sujet sont bonnes à saisir. Parmi les sujets de discussion à susciter, on peut citer : le téléchargement illégal, le plagiat, la dépendance, la pornographie, les rencontres douteuses, le harcèlement… et cette question (valable à tous les âges) : est-ce moi qui décide ou bien la machine qui me piège via l’alternance frustration/récompense soigneusement entretenue, l’attention piratée, les notifications diverses… ?

La famille connectée : de l’intérêt d’un pacte pour une pratique responsable des espaces numériques

Une des solutions pourrait être de convenir ensemble des règles à respecter à la maison pour parvenir à un bon usage des écrans.
La construction parents/enfants (lors d’un « conseil de famille » hebdomadaire) d’un « pacte de bonnes pratiques » doit être le fruit d’une large conversation sur le sujet : les encadrés résument les arguments du débat… Cette manière de procéder doit permettre d’assurer la légitimité des mesures prises, qui feront autorité et faciliteront l’acceptation des frustrations inévitables et permettront de balayer les arguments du type « tout le monde le fait ».

Il s’agit bien d’assurer une « parentalité numérique » qui prend la forme d’une éducation visant l’autocontrôle.
En cela, ce règlement constitue une véritable politique de prévention des dérives bien réelles : le « remplissage » par le numérique pour tromper l’ennui, l’impact pernicieux des réseaux sociaux diffusant des stéréotypes de diverses natures, dont celui d’un corps parfait et autres défis irréalistes.

Les réseaux sociaux, des espaces d’expérimentation sociale

L’adolescence est l’âge de la fréquentation des réseaux sociaux aux déclinaisons multiples (plus tellement Facebook mais plutôt Instagram, Snapchat, WhatsApp, Tik Tok…). Ils ouvrent de nouveaux espaces de socialisation permettant aux adolescents de se définir et de s’inscrire dans le monde qui les entoure. Ils leur offrent aussi l’occasion, dans une relative sécurité, de prendre une part active dans ce courant d’affirmation identitaire de la « jeunesse », de s’y faire reconnaître et ainsi de renforcer leur sentiment d’appartenance à un groupe et par ce biais d’exercer leurs compétences sociales…

Cette familiarisation avec ces outils de communication est d’autant bienvenue qu’elle facilite l’instauration d’un va et vient entre relations réelles et virtuelles, ainsi que la création d’un espace de médiation entre monde interne et monde externe.
Ces moments conviviaux en groupe de pairs, si nécessaires à la construction adolescente, ont l’avantage d’éviter l’éparpillement géographique, voire les dangers de la rue…

Youtube : musique et vidéo en boucle

Élément incontournable du paysage numérique pour la culture adolescente, espace de rêves et d’idoles à partager.

Les jeux vidéo, pour le meilleur et pour le pire

L’usage des jeux vidéo en ligne, en particulier les MMORPG (pour Massively Multiplayer Online Role-Playing Games, ou jeux de rôle en ligne massivement multijoueur, impliquant de nombreux joueurs dans un univers persistant), génèrent les mêmes perplexités que la plongée dans le monde des TIC : ce qui isolera les uns pourra créer et dynamiser des liens chez les autres.

L’isolement est suscité par l’accroissement exponentiel du temps passé sur le réseau, par l’investissement mental, voire l‘envahissement qu’induit ce type de jeu (qui se poursuit après déconnexion) et même si l’adolescent parvient à tromper l’ennui, il risque de s’installer une absence à soi-même, majorant un état dépressif (préexistant possiblement )…

La création et la dynamisation de liens se traduit par une meilleure aptitude à se rallier à une équipe, à se faire des amis, à répondre à des besoins d’appartenance et de reconnaissance, à explorer diverses facettes de soi, à relever des défis, à se confronter aux autres…

Notons que les garçons se dirigent plutôt vers des jeux de compétition tandis que les filles privilégient les Chat et jeux de gestion.

Les écrans : autant une solution qu’un problème…

Comparer l’usage excessif des écrans à la prise d’une drogue aux effets ravageurs, parler d’addiction, de dépendance, de désintoxication… ne rend pas compte de la réalité des pratiques d’internet de l’adolescent… et s’avère franchement stigmatisant, source d’incompréhension et de dérive autoritariste… Alors que ces pratiques devraient être source d’échange et d’ouverture : montre-moi ton jeu ? Pourquoi cet avatar ? Quelle musique te branche ? Pourquoi préfères-tu Snapchat à Facebook ?…

Il convient plutôt de considérer…

Internet comme un moyen à développer :

  • Un plaisir partagé de communiquer
  • Des liens entre pairs
  • Une appropriation créative
  • Une capacité à interagir, à se dépasser, à collaborer
  • Un esprit d’initiative
  • Un espace de transition entre le moi et le non-moi via l’ avatar chargé de représenter l’adolescent dans le monde virtuel
  • Un outil moderne à exploiter : apprendre à l’utiliser et à le maîtriser ensemble
  • Une exigence à opérer un tri, épurer, hiérarchiser, critiquer, et résister à la fascination qui sidère l’imaginaire (« trop d’information tue la connaissance » )

Internet comme un problème, dès lors que prédominent :

  • Un envahissement chronophage, « passion obsessive », au détriment des investissements dans la vie réelle (un indice à prendre en compte : le fléchissement scolaire)
  • Un développement d’un imaginaire morbide
  • Une fascination excessive
  • Une présence intrusive dans la construction de la personnalité
  • Une excitation continue, une soumission à la tyrannie de l’image

On conçoit ainsi que l’accrochage à internet et aux jeux vidéo en ligne soient une tentation non dénuée de risque pour les adolescents présentant une faible estime de soi, une tendance à l’introversion, un manque de confiance en soi, une dépressivité, une forte anxiété.

Au fond, les conflits entre parents et adolescents autour d’internet sont à comprendre comme un reflet de l’actualisation des questions de transmission et de conflits de générations existant de tout temps. Cette effervescence adolescente autour des écrans et des nouveaux moyens de communication à distance devrait appeler de manière pressante une réelle curiosité (et non feinte), positive et compréhensive de la part des parents…
L’âge adolescent est le temps de tous les possibles.

L’usage du numérique peut avoir des effets positifs sur :

  • Les interactions
    • La communication et les échanges avec les pairs
    • Le bavardage, le « papotage » et autres formes d’activités pro-sociales
    • Et de manière générale l’ouverture et la réciprocité sociales
  • Les compétences cognitives
    • La rapidité de discrimination visuelle, la focalisation de l’attention
    • La capacité à mener de front plusieurs actions (à être multitâches)
    • La résolution de problèmes par « essais/erreurs »
  • La créativité
    • La curiosité, l’imagination
    • L’humour
    • Le jeu aux frontières du réel et du fantastique

L’usage du numérique peut avoir peut des effets négatifs sur :

  • Les interactions
    • Enfermement dans un monde virtuel au détriment des relations avec les autres
    • Soumission aux diktats de meneurs charismatiques
    • Exposition aux incitations d’idéologues, aux propositions de prédateurs sexuels, aux menaces, au harcèlement ou à l’exploitation malveillante du dévoilement imprudent de l’intimité.
  • Le fonctionnement cognitif
    • Fascination par les images
    • Perte d’initiative, passivité
    • Abandon du sens critique et de la capacité de penser et prendre du recul
  • La santé
    • Addiction aux scènes de violence et/ou pornographiques.
    • Remplissage du vide intérieur.
    • Restriction de toute autre forme d’activité
  • L’avenir : risque de retour inattendu plusieurs années plus tard des traces indélébiles laissées sur le net : question délicate de l’ « e-réputation ».

À l’inverse

Passivité, vide intérieur, évitement de penser, solitude, harcèlement, état dépressif peuvent conduire à une pratique excessive et problématique des T.I.C.

Les écrans et la Santé

La fréquentation intensive des écrans peut avoir des conséquences négatives
sur la santé et induire :

  • Des troubles des conduites alimentaires
    • Liés à une alimentation anarchique, un grignotage, un abus de sucreries
    • Avec un risque de surpoids aggravé par le manque d’activités physiques
  • Des troubles visuels : fatigue oculaire, troubles de l’accommodation
  • Des troubles cognitifs : difficultés de concentration gênant les apprentissages
  • Des troubles du sommeil : endormissement tardif induit par la lumière bleue des écrans qui peut déréguler l’horloge biologique
  • Des troubles somatiques : hypertension artérielle, maux de tête …
  • Des troubles du comportement : réactions agressives, voire violentes parfois suscitées par la frustration sciemment entretenue par les concepteurs de jeux vidéo en ligne de type MMORPG (Massively Multiplayer Online Role-Playing Game)
  • Des troubles de l’humeur : majoration de l’anxiété, de la perte d’estime de soi voire d’un vécu dépressif latent.

Boite à outils
Les bases en vue d’élaborer un pacte familial :
Pour de bonnes pratiques du numérique

  • Garder à l’esprit les nuances entre les mots :
    Bien-veillance, Bonne-veillance, Sur-veillance… et « sous contrôle »
  • Montrer au quotidien votre engagement à cadrer la pratique des écrans, en vue d’éduquer à l’autocontrôle…et donner l’exemple dans vos pratiques personnelles en tant que parents.
  • Comprendre que l’espace numérique avec les pairs est un espace intime aussi précieux que sa chambre (même s’il s’expose avec ses trop nombreux correspondants à une forme d’« extimité »)
  • S’intéresser à la pratique d’internet de votre adolescent, aux jeux qui l’attirent et qu’il pratique assidument, tenter de comprendre les bénéfices qu’il en tire.
  • Convenir ensemble de règles d’utilisation (orales, voire écrites) claires
    • Temps d’accès : en semaine, le Week-End ; préciser les horaires de connexion
    • Lieux d’utilisation des écrans : pièce commune dans les premiers temps. Et le soir avant le coucher, tablette, console, ordinateur rangés « à la cuisine ».
    • Pas d’écran dans l’obscurité et extinction 1 heure avant l’endormissement.
    • Nature des jeux précisée
    • Rappel de la loi : pas de pratiques de réseaux sociaux avant 13 ans
  • Mettre en garde contre les pratiques illégales : téléchargement, plagiat, se rappeler le droit à l’intimité et le droit à l’image
  • Se garder d’attitudes contre-productives
    • Les recommandations ou les mises en garde infantilisantes du type « tu es trop jeune », « tu verras plus tard » risquent d’aiguiser l’intérêt de l’adolescent qui s’empressera de regarder ce qu’on voudrait soustraire à sa curiosité.
    • Le contrôle intrusif et inopiné, la géolocalisation, la chasse aux traces visuelles ne manquent jamais d’induire des conduites de dissimulation
    • Faire en sorte d’être « l’ami » de votre adolescent sur les réseaux sociaux sera vécu comme une intrusion dans son cercle relationnel
  • Quelques signes doivent vous alerter
    • Un fléchissement scolaire
    • Une indisponibilité aux temps et échanges familiaux
    • Un isolement social : votre adolescent se replie, délaisse les activités en groupe

Pour aller plus loin

  • Manger Bouger explique à quel point rester inactif devant un écran tout au long de la journée est mauvais pour la santé. Découvrez des conseils et astuces pour remédier à cette mauvaise habitude en cliquant ici.
  • Addiction aux écrans, solitude, violence du internet… Fil Santé Jeunes décrypte les écrans dans une rubrique spécialement dédiée. Découvrez-la en cliquant ici.

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  • Site YAPAKA
  • OFDT Office Français des Drogues et Toxicomanies
  • Stéphane Blocquaux site youtube : Les jeunes face à internet et aux mondes virtuels
  • Jocelyn Lachance. La famille connectée : de la surveillance parentale à la déconnexion des enfants. Editeurs : Ecole des parents & Eres 2019
  • Serge Tisseron, Règle des 3 – 6 – 9 – 12
  • Guide de survie pour accros aux écrans Editeur Nathan
  • Médecine et Santé de l’Adolescent :Pour une approche globale et interdisciplinaire Elsevier-Masson 2019 . Chapitres 43 et 48
  • Portraits d’adolescents. Enquête Inserm 2013 ; C Jousselme

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