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La sélection de livres du Dr Mahé Guibert sur l’exil

Mis à jour le 20 juillet 2017

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« Partir au delà des frontières » est un très bel album sur l’exil. Le texte est grave et émouvant et les illustrations, colorées et stylisées, sont très réussies. Cet album a attiré mon regard alors que je musardais, le nez au vent, comme souvent, dans le rayon littérature jeunesse d’une librairie toulousaine. Et si j’explorais ce thème grave mais ô combien actuel ? Certains de nos petits patients connaissent l’exil, plus nombreux sont ceux dont les parents ont eu un parcours migratoire et plus nombreux encore ceux dont les grands parents, dans une histoire plus ancienne, ont connu le déracinement et l’exil. J’ai trouvé beaucoup d’albums sur le sujet. Certains racontent le départ souvent douloureux et chaotique, d’autres le voyage, ses incertitudes et ses dangers, d’autres encore l’arrivée… le barrage de la langue, les rêves déçus, la course aux papiers, d’autres évoquent enfin la solidarité entre migrants, la double culture et ses richesses, le présent ici et les souvenirs là-bas… les amis ici et la famille là-bas… Les albums que j’ai retenus ne font pas l’économie des moments difficiles mais ils les racontent avec pudeur et délicatesse. Ils peuvent aider des enfants à comprendre l’actualité mais ils pourraient aussi enhardir des parents ou des grands-parents et leur permettre de mettre des mots sur des parcours migratoires, pas toujours dramatiques, mais parfois peu évoqués. Réécrire pour la jeune génération le roman familial c’est autoriser les enfants à faire du lien entre ici et là-bas, les aider à s’inscrire dans leur lignée. La majorité des albums proposés sont adaptés à des enfants de 4-5 ans à 10 ans. Je n’en n’ai pas trouvé pour le tout-petit.

Sommaire de l'article

Suggestions de livres :

  • Petit point, Giancarlo Macri, Carolina Zanotti, Nuinui Editions :

Un album grand format qui reprend le principe de Petit bleu et petit jaune (Leo Lionni, Ecole des loisirs) : sur la page de droite des petits points noirs pour qui la vie est belle, ils ont des maisons, de quoi manger, de quoi s’amuser… Puis on découvre les petits points de la page de gauche, ils sont un peu différents et surtout ils ont une vie beaucoup moins confortable… alors ils iraient bien rejoindre la page de droite, mais sur la page de droite, on s’inquiète… « venez… mais pas trop nombreux »… L’illustration fait toute la force de cet album absolument génial… à mettre d’urgence dans toutes les mains petites et grandes.

  • Partir, Veronica Salinas, Camilla Engman, Rue du Monde :

Un texte très épuré, philosophique sur l’immigration. La métaphore animalière permet de le rendre plus léger. Beaucoup de thème sont abordés: le déracinement, le barrage linguistique, la tolérance, la nostalgie, la rencontre…

  • L’oizochat, Rémi Courgeon, Mango :

Un très joli texte magnifiquement illustré, sur le thème de l’accueil d’un migrant, transposé dans le monde animal pour plus de délicatesse. De nombreux thèmes sont abordés: le barrage de la langue, le rejet des autochtones, la nécessité d’accepter des tâches ingrates pour subsister…

  • Partir au delà des frontières, Francesca Sanna, Gallimard :

Un récit très actuel à la première personne: un pays qui connaît la guerre, une famille endeuillée par le conflit et le départ qui s’impose, pour fuir le danger et la peur. Le voyage est long et semé des embûches que l’on connaît: passeurs sans scrupule, frontières bien gardées, bateaux surchargés… C’est un récit juste de la dure réalité de la migration rendue nécessaire par la guerre. Le ton est grave et pudique à la fois.

  • Loin de mon pays, Pascale Francotte, Alice :

Cet album raconte la vie d’une famille dans un pays en guerre et l’organisation de l’exil. Le père parti le premier à l’autre bout de la terre, la décision du reste de la famille de partir le rejoindre, les sentiments contradictoires du départ.

  • Tu vois, la lune, Agnès de Lestrade, Anna Chanel, de Toi à moi :

Le récit d’une migration que raconte une petite fille. Un texte simple, poétique, très imagé, à l’ambiance africaine. Des illustrations très colorées qui donnent de la gaieté et de la légèreté à ce récit qui se termine sur une jolie touche optimiste.

  • Même les mangues ont des papiers Yves Pinguilly, Aurélia Fronty, Rue du Monde :

Où l’on accompagne un jeune africain dans ses rêves d’ailleurs, de l’autre côté du monde… jusqu’à son départ caché dans une cale de bateau au milieu des mangues… mais le passager clandestin sera refoulé car il n’a pas de papiers. Les illustrations d’Aurélia Fronty nous plongent dans le monde coloré de l’Afrique. Ce beau texte poétique, faussement naïf, nous confronte à la dure réalité de l’enfance dans un pays pauvre et aborde délicatement le thème de l’immigration économique.

  • Le grand voyage Amy Hest, Patrick James Lynch, Gründ :

Un très bel album qui nous emmène au temps de l’immigration européenne vers les Etats unis. Une jeune orpheline quitte sa grand-mère pour construire sa vie en Amérique. Les illustrations dans un style hyperréalistes sont sublimes et s’accordent merveilleusement à la tonalité un peu « vintage » du texte.

  • Comment j’ai appris la géographie Uri Shulevitz,Kaléïdoscope :

Un récit de migration imposée par la guerre. Une famille de réfugiés qui vit dans un dénuement intense où chaque bouchée de pain est âprement gagnée. Un jour le père ne ramène pas du pain mais une carte de géographie qui aidera le narrateur à s’évader de ce présent douloureux. Sur le pouvoir de l’imaginaire pour résister à la réalité la plus dure.

  • Mon papa roulait les R, François Legendre, Judith Gueyfier, Sarbacane

Un texte très subtil. Une enfant raconte par petites touches ce qui dans son quotidien lui signifie les origines étrangères de son papa. Le point de vue de l’enfant qui s’attache parfois à d‘infimes détails est très respecté et cela contribue à l’originalité et à l’authenticité de cet album. Les illustrations très colorées, très réussies évoquent délicieusement l’Europe de l’Est.

  • Portée par le vent, SoyungPak, Marcelino Truong,Gautier Languereau :

L’immigration racontée par un papa à sa fille au moyen d’une métaphore botanique : « Toutes les graines voyagent… certaines poussent sur la terre où elles sont nées. D’autres, portées par le vent, s’envolent au loin, très loin ». On est tantôt ici dans un jardin verdoyant où père et fille jardinent ensemble, tantôt là-bas quelque part en Asie et l’on découvre par petites touches le parcours migratoire de ce papa.

  • Les poings sur les îles, Elise Fontenaille, Violetta Lòpiz, Rouergue :

Un texte très émouvant qui raconte la complicité entre un grand père immigré espagnol et son petit fils de six ans. Luis, le grand père a quitté son pays à onze ans pour fuir la misère et la guerre. Arrivé en France il a travaillé dur et n’a jamais appris à lire et à écrire, aussi il s’émerveille de l’apprentissage de son petit fils… et son petit fils, le narrateur s’approprie avec sensibilité et délicatesse les maladresses de langage de son grand père…

  • La robe rouge de la Nonna, Michel Piquemal, Julie Brax, Albin Michel :

Un très beau récit sur l’immigration italienne des années 40, sous la forme d’un dialogue entre une petite fille et sa grand mère, rythmé par des chansons traditionnelles en italien dans le texte. Les événements relatés sont parfois douloureux et violents mais grâce à la qualité littéraire de l’écriture et à la beauté des images on se laisse prendre.

  • Joselito, Albertine Deletaille, Père Castor Flammarion :

Joselito est le petit nouveau de la cour de récréation arrivé tout droit de son Andalousie natale. Il ne parle pas le français et son intégration à l’école n’est pas facile. Heureusement il y a le dessin pour raconter sa vie là-bas et pour conquérir l’amitié de ses pairs. Ce texte, paru en 1970, est très marqué années soixante; c’est probablement un peu optimiste mais tellement touchant. Un père castor typique à l’image de ceux qui ont bercés mon enfance. J’adore !!

  • Mon miel Ma douceur, Michel Piquemal, Elodie Nouhen, Didier Jeunesse :

Un texte sublime, délicat, poétique et profondément émouvant, qui nous raconte l’histoire de Khadija, dont les parents, d’origine tunisienne, ont émigré en France. La famille revient au pays chaque été, et Khadija partage de délicieux moments de complicité avec sa grand-mère qui l’enveloppe des douceurs de son pays : sucreries, berceuses, histoires… Les illustrations pastel sont très belles et s’accordent à merveille au texte dont certains passages sont aussi écrits en arabe.

  • Avec trois brins de laine, Cristina Henriquita, YaraKono, Les éléphants :

Inspiré d’une histoire vraie ce récit, très joliment illustré, met l’accent sur la nostalgie, le mal du pays et aussi sur la créativité nécessaire pour pouvoir s’adapter. C’est une belle histoire délicate et positive, soutenue par Amnesty internationale.

  • Lucio l’allumeur de réverbère, Elisa Bartone,Ted Lewin, Le Genevrier :

Lucio est un petit immigré italien vivant à New York au début du vingtième siècle. Le quotidien est rude pour cette famille qui compte de nombreux enfants, un père malade et une mère morte. Alors Lucio devient allumeur de réverbères… Les illustrations sont de véritables tableaux qui nous plongent dans LittleItaly avec réalisme et bonheur. L’histoire est émouvante, un très bel ouvrage.

  • Little man, Antoine Guillopé, Gautier Languereau :

Cassius est un enfant noir qui vit à Brooklyn et rêve de traverser le pont pour découvrir New York, ses grattes ciels, ses lumières et sa statue majestueuse qui le protège, lui, le petit africain qui a fui son pays en guerre. Le texte est court, intense, ciselé, tout comme ces illustrations sublimes réalisées en découpage au laser. Antoine Guillopé est un artiste dont le travail est d’une esthétique rare, c’est beau à couper le souffle.

  • Te souviens tu de Wei, Gwenaëlle Abolivier, Zaü, Hongfei :

Un texte poignant qui témoigne de l’histoire de l’immigration chinoise du début du vingtième siècle, où de jeunes migrants, tout droit arrivés de Chine, des rêves pleins les poches, se sont retrouvés enrôlés dans la grande guerre. Le lecteur est parfois durement interpellé par le formule « te souviens tu… » mais l’écriture poétique et les illustrations sublimes de Zaü donnent à cet album vibrant une profonde humanité.

  • Moi, Dieu Merci qui vis ici, Thierry Lenain, Olivier Balez, Albin Michel :

Un texte dense, en rimes, une écriture au rythme haletant, on est happé par cette histoire douloureuse et heureuse à la fois. Un témoignage inspiré d’une histoire vraie. Le combat est partout dans le pays d’origine ravagé par la guerre mais ici aussi pour survivre sans papiers, sans famille, sans travail.

  • L’oiseau de Mona, Sandra Poirot Chérif, Rue du Monde :

Mona a huit elle habite le cité des fleurs avec son papa et sa maman, elle est forte en dictée à l’école et se réjouit de danser avec ses amies. Elle pourrait être une enfant heureuse si ce n’était cet oiseaux noir qui la suit partout et lui rappelle qu’elle est dans une situation précaire… c’est à dire «sans papiers», ces papiers qui donneraient à son papa le droit de vivre et de travailler en France.

  • Sans papiers,Rascal, Cendrine Genin, Jean-François Martin, Escabelle :

Un texte dense et fort qui raconte l’histoire d’une petite et de son papa, arrivés illégalement en France, fuyant leur pays en guerre après la mort de la maman. Dans une magnifique énumération, comme un inventaire à la Prévert, l’enfant témoigne de son intégration à la France… mais la chute de l’histoire est sans concession.

  • Planètes migrants, Sophie Lamoureux, Amélie Fontaine, Actes sud :

Un très beau livre documentaire magnifiquement illustré qui aborde de façon très claire et très directe de nombreuses questions que peuvent se poser des enfants sur le sujet: qu’est ce qu’un migrant ? Qui sont les sans papiers ? Y a-t-il toujours eu des migrants ? Les réponses sont bien documentées. Un ouvrage de grande qualité.

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