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Ma fille de 18 mois ne mange plus que...

Bonjour, Je vous écris car ma fille de 18 mois refuse de manger des purées et autres plats salés depuis sa rentrée en crèche en septembre. Elle accepte par contre sans souci les yaourts, compotes, parfois des morceaux de fruits mais c'est rare. Devant son refus de manger des purées je lui ai proposé des pâtes, de la semoule, des petites carottes mais elle refuse tout en bloc. En revanche les chips et autres gâteaux font son plus grand bonheur. Elle a attrapé la grippe la semaine dernière et compte-tenu de sa faible alimentation elle peine à reprendre des forces. Sur le plan morphologique elle est encore parfaitement dans la moyenne. Je m'interroge : préconisez-vous la prise de compléments alimentaires afin de ne pas voir apparaître de carences ? D'avance merci pour votre aide sur ce sujet. Bien cordialement, 

1 an
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28/01/2019

Votre fille est en pleine période de néophobie, et elle n’a absolument pas besoin de compléments alimentaires. Vous dites que sa croissance semble correcte ce qui est rassurant.

La néophobie signifie la crainte ou le refus d’aliments nouveaux. Elle est très fréquente chez l’enfant. Les aliments nouveaux suscitent de manière universelle des réticences chez l’enfant. Le rejet ne se produit pas lors de la dégustation mais auparavant, par la vue, l'odeur, le toucher des aliments. Ce comportement ne constitue pas un trouble du développement, il correspond à une phase normale de ce développement, avec une influence génétique possible.

La néophobie se manifeste aussi par une certaine sélectivité : c’est le refus d’aliments acceptés antérieurement avec restriction du registre alimentaire (principalement : légumes, fruits, poissons), alors que les aliments à forte densité calorique (pain, pâtes, riz, pommes de terre), certaines viandes (poulet, steak haché) et les aliments sucrés (glaces, gâteaux, yaourts) restent appréciés. L’enfant est attiré par les aliments doux et denses et refuse les aliments forts et peu denses : il sait associer l’aspect de l’aliment et son caractère plus ou moins rassasiant dès 2 ou 3 ans.

La néophobie associe donc le refus d’aliments nouveaux et une sélectivité

La néophobie débute vers 18 mois et se manifeste principalement entre 2 et 6 ans. Puis la néophobie et la sélectivité s’atténuent progressivement.

La néophobie est très fréquente chez l’enfant (77%) avec 3 degrés :

1/ l’enfant demande à goûter avant de consommer ou non le plat,

2/ il accepte de goûter sous la contrainte, mais sans modifier son point de vue initial,

3/ il refuse catégoriquement de goûter des produits nouveaux (véritable phobie).

L’acceptabilité de nouvelles saveurs et de nouvelles textures varie d’un enfant à l’autre. Elle est favorisée par la convivialité. Les repas, moments de plaisir en famille, sans télévision, facilitent la découverte de nouveaux aliments. Cette découverte est aussi favorisée par l’imitation d’autres enfants en collectivité. L’exemplarité est efficace à l’inverse du raisonnement.

L’éducation au goût est avant tout un plaisir : un sentiment naturel pour les aliments denses mais à apprendre pour les autres. La participation de l’enfant au marché et à la préparation des repas est conseillée pour lui apprendre à connaître les aliments : il les appréciera davantage. On peut éviter la monotonie en jouant avec les épices et les herbes aromatiques.

Si l’enfant refuse un aliment il faut l’encourager à le goûter, attiser sa curiosité, tout en respectant ses goûts et son appétit, sans jamais le forcer. Il faut lui proposer de nouveau avec persévérance et en changeant les présentations : le chou-fleur est préféré en gratin plutôt qu’à la vapeur ou en salade. Il faut respecter le rythme de 4 repas quotidiens et ne pas remplacer un aliment refusé par un autre, ni compenser les refus par des aliments de grignotage entre les repas.

À table il faut être détendu, ne faut pas surveiller ce que mange l’enfant et ne montrer aucune inquiétude s’il a peu mangé. Des portions trop importantes risquent de le décourager : il vaut mieux qu’il sache écouter sa faim et sa sensation de satiété afin de s’autoréguler. Il faut éviter le chantage, les réprimandes ou les punitions si l’enfant a peu ou pas mangé, et ne pas le féliciter ou le récompenser s’il a bien mangé. Les parents doivent éviter d’évoquer sans cesse ce problème à l’enfant, et d’en parler entre eux ou à une tierce personne devant lui : il se rend compte qu’il a un pouvoir sur eux en refusant la nourriture, et il peut en jouer, surtout s’il a une personnalité forte. Un besoin d’opposition peut développer une hyper-sélectivité et mettre les parents en échec. Ils doivent montrer par leur attitude que le refus de manger leur est indifférent et faire comme si cela n’avait pas d’importance pour eux. Si les repas deviennent un combat et une source d’angoisse pour chacun ceci aggrave l’impossibilité de partager du plaisir aux repas. Plus on répond par la contrainte à cette opposition, plus elle s’affirme, et plus le conflit s’aggrave et se focalise sur l’alimentation pour longtemps. L’enfant ne va pas dépérir, même s’il saute quelques repas. Plus les parents sont permissifs dans l’alimentation de leur enfant (courses d’après ses goûts, aliments - récompense, remplacement d’aliment refusé, etc.), plus celui-ci sera sélectif.

Soyez patiente et détendue…

 

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Auteurs
Article publié le 25/01/2019 Mis à jour le 28/01/2019