Les albums sans texte

Article : Le coin lecture du Docteur Mahé-Guibert

D'aucuns se demanderont ce qui a bien pu me prendre, moi, la lectrice tant fascinée par les mots des auteurs de livres jeunesse, si souvent enthousiasmée par le niveau littéraire des albums, de vous proposer une sélection d’albums sans texte.

Un grand moment de paresse, peut être… mais j’ai très vite déchanté car le nombre d’ouvrages que j’ai trouvé m’a un peu dépassée !!

L’album sans texte est un genre à part entière : il y a des classiques, des collections, des auteurs réguliers, des maisons d’éditions... Il déroute souvent les adultes et il a pu m’arriver plus souvent que je ne l’avais imaginé de ne comprendre le récit qu’à la deuxième ou troisième lecture… voire de ne pas le comprendre du tout. J’ai volontairement sélectionné des livres avec une narration et comme d’habitude je vous propose une grande diversité d’auteurs et de maisons d’éditions afin de vous faire découvrir ce qu’il y a de plus réussi. 

Les enfants sont des lecteurs d’images souvent plus attentifs et pertinents que les adultes, ils verront plus facilement le clin d’œil, le détail, l’arrière plan qui peut parler différemment du premier plan… Ils pourront lire ces albums tout seuls, en toute intimité, sans le filtre de la lecture de l’adulte qui peut parfois ne pas être fidèle au texte, ou ponctuer sa lecture de questions ou de commentaires superflus ou intrusifs. Si l’enfant peut partager cette découverte avec un adulte, ce sera un beau moment d’attention conjointe. Enfin, pour tous les enfants qui ont un accès difficile à la lecture, ces albums sont une belle occasion de se laisser prendre de façon autonome au plaisir de la narration sans l’obstacle du déchiffrage.

Livres :

  • La vague, Suzy Lee, École des Loisirs :

Une petite fille joue sur la plage avec les vagues et les oiseaux. La mer est d’un bleu intense et les personnages sont tracés au crayon noir et jouissent d’une grande expressivité. L’enfant et la vague sont aussi facétieuses l’une que l’autre et le lecteur est pris au jeu. Du grand art ! Autres tires du même auteur Miroirs, Ombres.

  • L’arbre, le loir et les oiseaux, Iela Mari, École des Loisirs :

Sur le thème du cycle des saisons. On suit un petit loir et une nichée d’oiseaux. Le trait est très fin et précis, les illustrations sont de toute beauté. 

  • L’œuf et la poule, Iela Marie, École des Loisirs :

Du même auteur, à nouveau une histoire en boucle de la poule qui pond l’œuf au poussin qui grandit et devient une poule qui pondra un œuf… Là aussi la qualité esthétique des illustrations est un vrai régal. Du même auteur Les aventures d’une petite bulle rouge, La pomme et le papillon, Les animaux dans le pré

  • Eléphants, Sara, Thierry Magnier :

Le petit éléphanteau perdu tout seul dans la forêt est en passe d’être attaqué par les loups féroces… mais c’était sans compter sur la protection des grands. Les illustrations faites de papiers déchirés ont une grande force comme tout le travail de cette fabuleuse illustratrice. L’expressivité des personnages est saisissante. Deux autres titres du même auteur : Du temps, Volcan, Thierry Magnier

  • Trois chats, Anne Brouillard, Seuil :

Un album magnifique dans les tons de bleus. Chaque page est un tableau. Trois chats perchés sur une branche guettent des poissons rouges dans l’eau. Le récit est très construit et la chute riche de surprise et d’humour. Cet album fait référence depuis longtemps dans le genre des albums sans texte. Du même auteur, et sans texte Voyages d’hiver Esperluette, L’orage Grandir, La grande vague Grandir

  • Poisson chat, Dedieu, Seuil :

Une histoire de poisson et de chat. Le poisson un tantinet cabotin provoque le chat… mais rira bien qui rira le dernier… à moins que la chute ne raconte encore une autre histoire. Très réussi !!

  • La surprise, Janik Coat, MeMo :

Un beau récit délicat et subtil sur l’accueil d’un nouveau né dans un foyer où ronronnait jusque là paisiblement un chat… Les illustrations utilisent avec brio le dessin numérique. Personnellement j‘aime beaucoup le travail original de cette illustratrice. 

  • Prédateurs, Antoine Guilloppé, Thierry Magnier :

Un album en noir et blanc, des images comme ciselées qui prêtent  aux protagonistes de cette histoire une personnalité et des émotions avec au moins autant de force et de justesse que des mots. Un récit très construit avec de l’action, du suspens, une chute inattendue, de la violence et de la tendresse. Le talent d’Antoine Guillopé est époustouflant et moi je suis subjuguée !!

  • Le petit barbare, Renato Moriconi, Didier Jeunesse :

« Fièrement juché sur son destrier, le petit barbare affronte de grands dangers… » De page en page, il franchit vaillamment des  obstacles de plus en plus impressionnants. Pour finir…dans les bras de son papa… car le destrier n’était autre qu’un cheval de manège. Un hymne à l’imagination et à la fantaisie.

  • Devine qui fait quoi, Gerda Muller, École des Loisirs :

Un livre randonnée où l’on se promène dans la campagne enneigée. L’histoire se raconte à travers les traces laissées par les différents personnages dans la neige. Cela demande parfois une petite relecture… le sans texte n’est pas fait pour les lecteurs dilettantes !!

  • Vu d’en haut, Marie Poirier, Les Grandes Personnes :

Une après-midi au jardin, vue d’en haut : à la manière d’un photographe qui utilise un zoom l’illustratrice part du quartier pour arriver dans un jardin où l’on devine deux enfants,une poursuite en vélo, une pause goûter, un bain rafraichissant dans la piscine… tout est rond dans ces illustrations aux tons chaleureux qui évoquent à merveille l’été. Un travail graphique très beau et très original. 

  • Le voleur de poule, Béatrice Rodriguez, Autrement (collection Histoire sans parole) :

Un format à l’italienne et l’utilisation de la double page pour l’illustration mettent en valeur cette histoire de course poursuite : lorsque le renard s’empare de la poule tous ses amis lui courent après pour la sauver… c’est enlevé, drôle et poétique. 

  • Chagrin d’ours, Gaétan Dorémus, Autrement :

Dans la même collection d’histoire sans paroles de chez autrement que le livre précédent, même format à l’italienne. Une histoire de doudou volé qui passe du loup, au lion,du lion à l’aigle… au grand désespoir de son propriétaire l’ours qui ne ménagera pas ses efforts pour le récupérer. C’est drôle et tendre à la fois. Du même auteur er dans la même collection : Western

  • Voyages, Barroux, A pas de loup :

Un leporello (livre qui se déplie comme un accordéon) sur le thème du voyage. Il y a à la fois beaucoup de réalisme, d’humour et de fantaisie et l’on a un plaisir fou à participer au périple de ce globe trotteur. 

  • Peur noire, Marie Halleux, Voce Verso :

Une histoire de petite fille qui lutte vaillamment contre un monstre (un énorme gribouillage au crayon noir, métaphore de la peur ou du cauchemar). C’est riche de vie, de mouvement   et de sens. Une belle réussite pour cette petite maison d’édition au catalogue intimiste. Autres titres sans texte également : Mur murs d’Agathe Halais une histoire pleine de fantaisie, un brin déroutante, Et après ? Mathilde Magnan Où l’on découvre un monde souterrain riche de poésie, Le refus Marine Rainjonneausur le thème du divorce, Dans sa bulle, Marie Bretin, histoire d’une petite fille sourde que l’amitié d’un autre enfant va aider à dépasser son handicap.

  • Envolée, Corinne Dreyfus, Frimousse :

Un récit tout en délicatesse et en retenue sur le deuil. Les tons pastel, la précision du trait des dessins numériques, l’absence de texte ajoutent de la finesse  à cet album. 

  • Le parapluie, Tullio Corda, Lirabelle :

Une histoire drôle autour du parapluie : quatre amis cherchent l’utilité de ce mystérieux objet et détournent à loisir sa fonction première jusqu’à ce que… la chute est riche de surprise, d’humour et de générosité. Les illustrations très colorées et subtilement composées sont un vrai bonheur. 

  • Le petit chaperon rouge, Rascal, Pastel :

La version sans texte de Rascal du petit chaperon rouge est pleine de subtilité. Le récit est allusif, la chute tragique est évoquée de façon elliptique et pudique. Du même auteur Boucle d’or et les trois ours

  • Il était plusieurs fois, Emmanuelle Bastien, L’atelier du poisson soluble :

Une première lecture retrace le conte traditionnel du petit chaperon rouge ; arrivé au bout de ce leporello on renverse le livre et on repart en sens inverse pour une réinterprétation méconnaissable de l’histoire… c’est drôle et créatif. Les illustrations au pochoir sont très réussies. 

  • Bouh ! François Soutif, École des Loisirs :

Une réécriture hilarante des trois petits cochons, un rythme enlevé, des personnages truculents… un délice !

  • Châteaux de sable, Stéphane Henrich, École des Loisirs :

Une unité de lieu : la plage. Une amitié spontanée entre enfants, un challenge château fort entre papas et la mer qui met tout le monde d’accord. Un dessin proche de la bande dessinée, des personnages truculents, un vrai bonheur. 

  • Monsieur Hulot à la plage, David Merveille d’après Jacques Tati :

Un hommage à Monsieur Hulot le célèbre personnage créé par le cinéaste Jacques Tati, distrait, rêveur, gaffeur, un brin « à côté du vélo ». C’est drôle, léger, et très fidèle à l’ambiance des films de Jacques Tati. Un régal. Autre titre du même auteur : Le Jacquot de Monsieur Hulot, Hello Monsieur Hulot

  • Ce jour là, Mitsu Anno, Ecole des Loisirs :

Où l’on suit le voyage d’un homme à cheval. Arrivé par la mer il part à la découverte d’un pays qui pourrait bien être la France. L’ambiance est médiévale. Les illustrations fourmillent de détails et de clins d’oeil à des références artistiques ou cinématographiques. Le trait à l’encre de chine est fin et les couleurs pastel délicates, on accompagnerait bien ce cavalier dans ces paysages bucoliques. Autres titres Le Chine de Zhung, Le Japon d’Anno, Loup y es-tu ? 

  • Imagine, Aaron Becker, Gauthier Languereau :

Une petite fille s’ennuie jusqu’à ce qu’elle découvre un crayon magique qui l’entrainera dans une voyage fantastique riche de suspens et d’aventures. Il y a de la surprise, du rythme et beaucoup d’esthétique dans cet album. 

  • La course au gâteau, Thé Tjong-Khing, Autrement :

Monsieur et Madame Chien s’apprêtent à déguster un délicieux gâteau quand celui-ci est volé par deux souriceaux ; s’ensuit un folle course-poursuite drôle, riche de surprises et de rebondissements où le lecteur attentif découvrira une multitude d’histoires parallèles. C’est très sympa.

  • Le livre qui rend heureux, Marije Tolman, Ronald Tolman, Milan Jeunesse :

Un très beau livre qui invite à la détente et à la rêverie. Deux ours coulent des jours heureux dans leur cabane, lovée au creux d’un arbre perdu au milieu de l’océan et partagent leur bonheur avec les animaux de passage. On s’y inviterait bien…tant l’ambiance est joyeuse et sereine. 

  • Une journée à Pékin, Sun Hsin Yu, Ecole des Loisirs :

Une petite fille se laisse entraîner par un chat et tous deux nous embarquent dans une splendide visite de la ville de Pékin. Le trait est fin, seuls les personnages de l’histoire sont en couleur, c’est très réussi. 

  • La danse de la mer, Laetitia Devernay, La Joie de Lire :

Un très bel album aux illustrations très modernes et originales qui associent des collages et des dessins à l’encre de chine dans un style très graphique. Le récit est subtil et peut demander plusieurs lectures pour en saisir toutes les finesses. C’est une histoire de gros bateau contre les petits, de surpêche et d’épuisement des ressources naturelles. Il y a un message ouvertement militant et écologique. Comme quoi même sans parole les messages peuvent être forts. 

  • Le monde englouti, David Wiesner, Circonflexe :

Un récit très construit, un monde onirique, des illustrations extrêmement travaillées et riches. Un très bel album pour les plus grands.

Experts interviewés :
Article publié le 26/07/2017 Mis à jour le 01/02/2018